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mardi 31 août 2021

Frissons et frémissements

Ce lundi 30 août, je suis passé à pas grand chose de décrocher un package pour un tournoi live. Cela fait une éternité qu'une telle opportunité ne s'était pas présentée à moi : je termine 3e d'un tournoi pour lequel il fallait impérativement finir premier, privé de l'opportunité d'aller traîner mes guêtres gratuitement dans un casino comme à la belle époque, en raison d'un coin flip qui ne passe pas contre le joueur qui avait la même quantité de jetons que moi (tandis que le dernier larron était déjà mourant à moins de cinq blindes).

Même pas mal !
Même pas mal !

C'était du 50/50. Et même un peu plus en ma faveur, sur ce coup... mais la pièce est tombée du mauvais côté. C'est comme ça ! Je pourrais être là à ruminer sur mon infortune du soir, mais à la vérité, je me sens heureux d'avoir pu à nouveau goûter à ces frémissements avant-coureurs de performances lucratives. Heureux d'avoir parfaitement mené ma barque du début à la fin de la soirée, en jouant un tournoi très propre tout du long. Heureux d'avoir mentalement imaginé la victoire, qui était bel et bien là, à portée de main pour peu que Dame Chance soit d'accord. Les esquisses sont parfois aussi belles que les toiles.

Effleurer la victoire m'aura permis de frissonner à nouveau. Cela faisait longtemps que ceci ne m'était plus arrivé. Aucune amertume, aucun effet secondaire, je me sens étonnement serein. Les clignotants sont au vert : le plaisir du jeu est là, décuplé par cette bonne piqûre de rappel... j'ai pu re-goûté aux effets bénéfiques de l'adrénaline, sans devoir en subir les effets secondaires parfois déplaisants. A n'en pas douter, les premiers frémissements de la nouvelle saison poker sont là. Ca laisser augurer de nouvelles aventures palpitantes qui mettront assurément fin à la petite sinistrose du moment. Je le sais, je le sens. Il va se passer des choses. J'en frissonne déjà.

samedi 28 août 2021

Une reprise et des espoirs

Après mon habituelle coupure estivale, j'ai repris à petite dose mes sessions de poker en ligne, sans aucune forme de pression ni appréhension particulière. Certes, en dehors des tournois classiques, les promotions alléchantes devant lesquelles saliver se font plus rares qu'il y a quelques années, mais il y a toujours moyen pour un fouineur motivé de dégoter des tournois à haute valeur ajoutée, que ce soit pour gagner des tickets à moindre frais, des qualifications pour du live, des places de football et autres lots à même de garnir mon légendaire rayon quincaillerie.

La parenthèse COVID-19 commence doucement à se refermer à mesure que le taux de vaccination progresse (en France et de par le monde) et nul doute qu'un retour imminent à la vie normale devrait me permettre à un moment où à un autre de décrocher quelques victoires sympathiques derrière mon écran d'ordinateur. Ca a toujours été le cas par le passé, il n'y a pas de raison que la manne se tarisse.

Je n'ai certes plus la fraîcheur de mes débuts, qui me permettait de louvoyer sans peur sur la corde raide, mais je suis désormais 100% vacciné contre les bad beats. J'ai confiance en moi. Confiance en mon jeu. Confiance en mon mental. Confiance en Dame Chance. Confiance en mon destin. Alors gageons que la saison 2021-2022 saura me procurer son quota de joies et d'émotions, d'une manière ou d'une autre. Ce n'est qu'une question de temps... et je ne suis pas un homme pressé. Place aux espoirs d'une nouvelle saison fructueuse !

jeudi 3 juin 2021

Confidences Chapitre 2 : se prendre les pieds dans le tapis et survivre grâce à la main du mort

Voici venu le moment de livrer une nouvelle confidence embarrassante relative à mon parcours de joueur : celle des coups de chance incroyables en payant involontairement des tapis adverses. Cela m'est arrivé à deux moments marquants : une fois en live au Barrière Poker Tour de Toulouse, et une fois en ligne le soir où j'ai gagné un tournoi d'importance en empochant quelques milliers d'euros. Payer un gros tapis adverse avec une main marginale à un moment clef d'un tournoi, ce n'est pas tous les jours que cela arrive. En principe cela ne doit JAMAIS arriver. Mais malheureusement impossible d'être dans une vigilance extrême à chaque instant, et vient invariablement le moment où survient l'erreur d'inattention qui coûte cher. Du moins en principe. Car dans les deux cas de figure que je vais ici décrire, l'erreur d'inattention m'aura rapporté gros au lieu de me pénaliser. Avec une main tabou au poker, qui plus est (A8). Cherchez l'erreur !

1 / Barrière Poker Tour de Toulouse. Un soir de juin. 

A l'époque je m'étais qualifié quasi-gratuitement en ligne via EuroPoker. Tournoi à 570 € l'entrée. Environ 400 entrées pour 50 places payées. 36.000 € sont promis au vainqueur.  Alors que nous terminons la seconde journée de compétition et que les places payées se profilent à l'horizon, il doit rester environ 70 joueurs fatigués encore en course en ce samedi soir. 

Il est minuit passé, je suis confortablement installé à ma table avec un stack bien supérieur à la moyenne (de mémoire autour de 75 ou 80 blindes) et je mets la pression sur les bonnes cibles à une table de joueurs en mode défensif, dont le niveau moyen est étonnamment faiblard. Tout baigne pour moi. Jusqu'à ce moment précis où muni d'un As et d'un 8 en milieu de parole, je me retrouver à prononcer le mot "relance"... sans avoir vu qu'un joueur que je sais compétent vient de pousser son tapis d'une vingtaine de blindes en premier de parole sans piper mot. La croupière a failli à sa mission d'annoncer ledit tapis audiblement car il y a un peu de brouhaha autour de la table. Et là, constatant ma bévue et comprenant qu'il n'est plus possible de faire marche arrière, je dispose alors de quatre à cinq secondes pour m'inventer une contenance de vainqueur et gommer mon début de fébrilité, sachant qu'il y a encore 4 joueurs qui doivent parler après moi avec des tapis autrement plus conséquents et que je suis condamné par la croupière à devoir mettre sur la table 35 ou 40 blindes avec une main aussi moisie que A8 dépareillés. Fort heureusement, tout le monde passe sagement et je me retrouve en duel avec le joueur qui a poussé son tapis en premier de parole... quoi qu'il arrive, la perte de ce coup ne sera pas dramatique. Juste gênante.

Il a AK. J'ai A8. Ca me donne à peine 25% de chances de remporter le coup. Je m'attends à perdre ce coup. Parce que je suis statistiquement en mauvaise posture. Mais aussi parce que je n'ai pas vigilant et que je mérite d'être puni. Pourtant, au poker le mérite est un concept approximatif : j'ai la chance de voir tomber un huit au flop et d'éliminer le joueur mutique après avoir payé son tapis sans le vouloir. Ce surplus de chance - et de blindes - me permettra le lendemain dimanche de jouer relâché, sans la moindre peur du fait de l'extrême profondeur de mon stack, ce qui au final me permettra d'aller loin dans le tournoi - jusqu'aux portes de la table finale - et de repartir de Toulouse avec quelques jolis billets violets de 500 euros.

ô Toulouse

2 / Un soir de décembre peu après Noël.

Un soir comme un autre, où je me retrouve à multi-tabler en ligne derrière mon écran d'ordinateur. A ceci près que ce soir-là je joue un ticket gagné lors d'un challenge communautaire et que je participe à un tournoi dont le droit d'entrée est plus élevé que mes standards habituels. Là encore, je vais manquer de vigilance en ne remarquant pas d'entrée de jeu qu'il n'y a pas de joueur de petite blinde à ma table de 6-max et que le premier de parole a déjà mis des jetons sur la table au moyen d'une relance musclée de trois blindes car un trop rapide survol de la table me fait croire qu'il est de grosse blinde (et que le joueur effectivement de grosse blinde est de petite blinde). Car c'est un soir de veine pour moi : à ce moment-là, je suis encore en course dans pas mal de tournois alors qu'il est passé minuit. Tout comme au BPT Toulouse, j'ai As-Huit en main. Les places payées ont déjà été atteintes depuis un bon moment et on approche de la table finale, il doit rester moins d'une quinzaine de joueurs en course et les paliers de gains commencent à devenir intéressants... d'autant qu'il y a très peu de profondeur, les tapis moyens oscillant autour des 20 blindes. 

Là encore je me retrouve à appuyer malencontreusement sur le bouton "relance"... ce qui fait que je me retrouve engagé mathématiquement - c'est à dire commit - lorsque le joueur qui a effectué la relance initiale me revient dessus et pousse son tapis. Je paye en sachant que je suis dominé. Je sais que j'ai commis une bourde par manque de vigilance. Mais je suis prêt à en payer le prix. Dans tous les sens du terme, d'ailleurs. On a des tapis équivalents lui et moi (nous sommes tous les deux dans la moyenne). Il as les Dames en main et je ne suis pas du tout étonné. Sauf qu'un as tombe à la river et que c'est mon adversaire qui se retrouve destacké tandis que je double grâce à l'intercession divine de Dame Chance qui me fait passer ce 30/70. Pire encore, remporter ce coup me propulse vers les sommets et dès lors je vais ensuite martyriser mes adversaires, au point de remporter ce tournoi et d'empocher un gain à quatre chiffres en une seule soirée.

Il n'y a pas à dire. Disposer d'un gros tapis lorsque se profile une table finale, ça aide. Mais c'est bien le coup de pouce initial du destin qui fait toute la différence. Dans les secondes qui ont suivi ma victoire, j'ai eu une pensée émue pour ce malheureux joueur que j'avais détroussé en ayant été contraint de payer son tapis sans le vouloir une petite heure plus tôt.

Dans les deux cas ici relatés j'ai indirectement gagné beaucoup avec cette main A8 qui sent le souffre alors pourtant que je ne méritais rien. Mais il y a tous les cas de figure inverse... les fois où l'on commet une bévue et où l'on est aussitôt puni. Et les fois où c'est l'adversaire qui fait preuve d'inattention et qui est injustement récompensé, me laissant penaud pour toute la fin de soirée face à un bad beat final au goût amer. Avec le recul je me dis que tout n'est au final qu'affaire de souvenirs. Il y a les histoires anodines que l'on oublie. Et celles plus croustillantes qu'on garde en mémoire. De la morale dans cette histoire, il n'y en a guère.

Je ne suis pas superstitieux. Pourtant, dans un coin de ma tête je me dis que Dame chance a de l'as-huit dans les idées me concernant. Qu'on se le dise !

lundi 31 mai 2021

Confidences chapitre 1 : la pause bio conditionnée

Eu égard au manque d'actualité du moment (volume de jeu faible, aucune promotion à gratter, pas de qualifications à gagner pour des tournois live à l'horizon à court terme...), j'ai décidé de publier jusqu'à la fin de l'année quelques confidences par rapport au parcours poker qui aura été le mien depuis 2013 et le début de mon immersion dans le monde impitoyable du poker. Je vais donc relater ici des choses pas forcément glamour, mais qui constituent en quelque chose la face cachée de la lune. Je vais commencer par la pause W.C. et autres besoins naturels.

Il y a quinze ans de cela, lorsque j'ai découvert les jeux vidéo en ligne de type coopératif où l'on devait temporairement s'associer à d'autres joueurs assis derrière leur PC pour effectuer des quêtes ensemble et ainsi espérer pouvoir triompher de l'adversité proposée par le jeu, bien trop coriace pour être vaincue en solitaire. Les sessions étaient souvent longues et harassantes, de telle sorte qu'il était courant que l'un des joueurs demande à ce que le groupe procède à ce que l'on appelait alors pudiquement la pause bio. Quelques minutes de répit pour aller faire un tour aux W.C. Il en va de même au poker : que ce soit en ligne ou en live, il y a des moments spécifiquement dédiés aux pauses. En ligne, les opérateurs consacrent ainsi les 5 dernières minutes de chaque heure de tournoi à une pause obligatoire. Mais il y a des fois où les besoins naturels demandent à être satisfaits en plein milieu de la session, loin des horaires dévolus à la pause... il faut alors se résoudre à déserter l'ordinateur le temps nécessaire au passage par les toilettes, laissant ainsi ses blindes à l'abri des prédateurs de la table. Ce qui est assez désagréable, surtout lors des fins de tournoi où chaque blinde compte. Je crois bien que mon inconscient déteste subir cette sensation de vulnérabilité pour raison physiologique, car une étrange sensation m'étreint lorsque j'allume mon ordinateur à l'entame d'une session de poker en ligne.

Indépendamment de l'heure à laquelle je décide de démarrer ma session poker, mon corps me réclame quasi-systématiquement une pause biologique à l'orée ou dès l'entame de celle-ci. Et ceci en l'absence du moindre signe avant-courant... Ce mystérieux phénomène surgit donc dans les dix minutes qui suivent l'allumage de mon ordinateur, de telle sorte que j'en suis venu à la conclusion qu'avec le temps, mon cerveau s'est au fil des années conditionné pour satisfaire mes besoins naturels de façon préventive, histoire d'éviter le plus souvent possible le désagrément de devoir abandonner soudainement mes blindes aux rapaces de la table (sans compter la perte de précieuses informations relatives à la compréhension de la dynamique des tables).

C'est mi-amusé mi-penaud que je me livre donc à cette confidence qui relèverait presque du tabou si elle n'avait pas le mérite de mettre en avant un élément fondamental dont les gens parlent peu  : la pratique assidue du poker influe impacte donc de concert mon psychisme et mon organisme !


mardi 27 avril 2021

Une pause à la volée

Autant dire les choses franchement, j'ai de plus en plus de mal à allumer l'ordinateur le soir afin de me consacrer à mes sessions poker. Lorsqu'on décide de ne pas jouer alors que l'on a la tête dans le guidon, on a vite fait de considérer que l'on loupe une opportunité fabuleuse, que l'on snobe la chance au point de développer un étrange sentiment de culpabilité devant pareil gâchis. Mais ce n'est pas vrai. Il y a une vie tout à fait plaisante et épanouissante en dehors du poker, le soir. Y compris en cette période de couvre-feu avec interactions sociales réduites. Que ce soit devant un film, une série, un match, un livre, un jeu vidéo... ou même sous la couette, il y a toujours de quoi s'amuser à moindre frais, au point de vite oublier la session poker qui nous était promise.

J'ai toujours gardé à l'esprit que le poker devait être source de plaisir et j'ai le sentiment que si je n'y prends garde, cela pourrait devenir pour moi une corvée un jour prochain. Or, je ne veux pas que cela m'arrive un jour. Alors hier soir j'ai pris ma décision : je prends une pause sauvage. Comme ça, sans prévenir, à la volée. Pour une semaine. Ou pour un mois. Ou même plus, qui sait ? Après tout, le jeu n'est vraiment jeu que s'il est accompagné d'une certaine liberté (Je devrais même dire d'une certaine légèreté, quand bien même cela soit impactant sur le plan financier). Dès lors que la sensation de liberté n'est plus là, on a vite fait de devenir une sorte d'automate : le jeu devient engrenage, et se met alors à broyer au lieu de distraire.

Alors c'est la pause et puis c'est tout !



dimanche 28 mars 2021

Redescente dans les tours

En ce moment, on ne peut pas dire que je carbure au super, loin de là. Certes, j'ai gagné quelques sous à l'occasion d'un tournoi grassement doté, mais ma motivation et mon implication ne sont clairement pas à leur zénith, tant et si bien que je me retrouve à préférer faire l'impasse sur pas mal de mes tournois habituels ainsi que sur pas mal de mes sessions routinières.

J'ai narré dans mon précédent article une mésaventure qui venait de m'arriver deux fois de suite en l'espace d'une semaine : manquer de vigilance au point de me retrouver absent à une table de tournoi sans m'en apercevoir, et ainsi tomber en panne d'essence sèche sans avoir vu clignoter la jauge. A chaque fois que pareille mésaventure survient je me promets de diminuer le nombre maximal de tournois disputés en simultané pendant quelques temps. Mais le fond de mon problème du moment n'est pas là. Si les clignotants sont à l'orange, c'est surtout qu'en ce moment, je trouve le poker peu motivant. La faute au manque cruel de passerelles vers des tournois live : eu égard à la pandémie de Covid-19 qui fait rage dans le monde, les casinos sont fermés et les diverses plateformes de poker ne proposent guère plus que des sous online à la gagne. Et moi, les sous, ça ne me fait pas rêver tant que ça. Si je pose mon séant sur ma chaise derrière mon clavier d'ordinateur le soir et que je décide de consacrer un partie substantielle de mon temps au poker, c'est principalement avec le secret espoir de me retrouver assis ailleurs que chez moi un jour futur.

Une redescente dans les tours s'impose en ce printemps 2021 bien trop monotone à mes yeux. En attendant de retrouver un peu d'envie, d'allant et d'élan, je me suis donc résolu à diminuer quelque peu mon volume de jeu. La bonne nouvelle, c'est que mon moteur n'a pas calé et qu'il demeure intact. Prêt à vrombir de plus belle prochainement. Alors en attendant que les beaux jours reviennent et que les promos alléchantes reprennent, je prends mon mal en patience et je me ressource mentalement. Pas besoin de forcer. Le Dieu du Poker saura appuyer sur la pédale de l'accélérateur pour moi le moment venu.



mercredi 24 mars 2021

Qui trop embrasse mal étreint

A moins d'être un sacré veinard, au poker il n'y a qu'une méthode ayant fait ses preuves pour battre la variance : le volume. Partant du principe que la chance est une notion toute relative, c'est en multipliant les opportunités qu'on finit par saisir celles qui s'avéreront décisives à notre réussite.

S'agissant du poker en ligne, il faut donc savoir multi-tabler efficacement pour pouvoir faire du volume. Il est communément admis que plus on a de tables actives lors d'une session, plus le pourcentage de chances que la session soit positive augmente. Cela fait sens. Certes, chaque nouvelle ouverture de table diminue quelque peu la capacité d'observation et de concentration du joueur devant son écran d'ordinateur. Mais néanmoins, au fur et à mesure que la session avance, le nombre de tournois encore actifs diminue, de telle sorte que la concentration peut redevenir proche de l'optimum une fois que l'on est entré dans le money time (c'est à dire une fois les places payées atteintes).

A titre personnel, mon point d'équilibre optimal se situe lorsque je joue sur 9 tables au même temps. Toutefois, lors de soirées bien denses, je peux sans trop de soucis débuter ma session en m'inscrivant à 14-15 tournois en simultané. Au regard de la configuration de mon écran, je ne peux afficher en simultané que 9 tables : mes tables principales sont là en toile de fond. S'agissant des tables supplémentaires se rapportant à des tournois un peu plus mineurs, je suis contraint de fermer des fenêtres au fur et à mesure, et laisser la magie du pop-up opérer. Lorsque revient mon tour de jouer, le logiciel fait automatiquement poper la table en surimpression, accompagné d'un petit son caractéristique, afin que je prenne ma décision dans les délais impartis, avant que mon temps dévolu expire. Ca c'est pour le principe. En théorie, c'est comme ça que les choses se passent. En pratique, il y a parfois des grains de sable qui viennent gripper la mécanique du pop up, au point de se retrouver durablement absent d'une table sans s'en rendre compte.

Ce mois-ci, ça fait la deuxième fois qu'il m'arrive de multi-tabler plus d'une douzaine de tables en parallèle et de malheureusement laisser le temps filer sans m'en apercevoir à une table donnée. Cette dernière, masquée, n'est dès lors plus visible tant que je ne tripatouille pas mes plateformes de poker dans le détail. Rien de plus rageant que de se faire saigner ses blindes jusqu'à la pause parce qu'on est absent à une table défaillante... et ce alors même que l'on est en pourtant pleinement concentré et mobilisé, en train de batailler sur une dizaine d'autre tables. Voilà bien un type de problème qui ne concerne que les joueurs de tournoi. En cash game, une absence de ce type entraine le retrait automatique du joueur, de telle sorte que sa perte se limitera à 1 blinde maximum. En tournoi, la perte en blindes due à une absence des tables peut s'avérer autrement plus létale. 

Les couacs de ce type - très rares mais ô combien frustrants - ne surviennent que dans des situations bien précises : soit mon attention a été distraite quelques instants (micro-coupure internet nécessitant des reconnexions, reboot PC intempestif, crash de la plateforme poker, brève absence physique nécessitant de lâcher des yeux l'ordinateur plus d'une dizaine de secondes), soit le logiciel poker a connu une petite défaillance au moment d'apparaitre sur mon écran. Dans la quasi-totalité des cas, cette mésaventure ne m'est advenu que lorsque le multi-tabling du moment dépassait les 10 tables actives. Parfois cette absence involontaire est limitée dans la durée, et ce ne sont alors que quelques blindes de perdues au cours des quelques minutes d'absence. Mais le plus souvent, ce n'est malheureusement qu'à la pause règlementaire (en fin d'heure) que je me rends compte de ma défaillance et que je peux constater l'étendue des dégâts. Bien évidemment, j'ai déjà connu des cas de figure où je ne m'en étais pas du tout rendu compte du tout, tant et si bien que c'est en toute fin de soirée que j'ai réalisé qu'une table avait totalement échappé à ma vigilance, au point de me faire totalement déblinder et éjecter du tournoi s'y rapportant sans avoir pu défendre mes chances. Et puis soyons honnête : il y a probablement quelques cas où cela m'est arrivé sans que je ne me rende compte de rien.

Qui trop embrasse mal étreint, dit le proverbe. Et c'est bien là une vérité au poker : à trop multi-tabler on y perd en concentration. Multi-tabler afin de combattre la variance et l'ennui constitue certes une bonne chose pour un joueur avide de performances. Mais lorsqu'on en vient à perdre le contrôle du nombre de tables actives, des couacs techniques et/ou humains risquent alors de survenir, au point de se retrouver durablement absent à l'une de ces tables de tournoi. C'est pour moi une situation frustrante à plusieurs titres : outre la perte financière sèche correspondant au droit d'entrée du tournoi, mais il y a aussi et surtout ce sentiment de culpabilité diffus qui m'étreint, puisque j'ai alors l'impression de n'être qu'un idiot ayant failli à mon devoir de vigilance.

Le poker en ligne n'est pas une activité de tout repos, qu'on se le dise !




vendredi 19 février 2021

Assoupissement

Un lundi soir de poker comme un autre. Et pourtant, ce lundi de février 2021 n'aura pas du tout été le même qu'un autre.

Un début de soirée idéal, avec des stacks qui grimpent à toutes mes tables. Un début de soirée entamé comme dans un rêve, d'autant que j'avais accumulé une montagne de jetons dans LE tournoi du soir qui pouvait rapporter gros. Voilà le tableau avant que le rêve ne bascule vers le cauchemar.

La capacité de concentration optimale d'un joueur n'est pas infinie, surtout lorsque le multi-tabling intensif se prolonge dans la durée. Ne pas être éliminé de ses tournois, c'est chouette et laisse augurer d'une session profitable, mais cela également génère un petit surcroit de fatigue ; avoir à jongler avec les fenêtres demande de la concentration. Au-delà de 9 tables de tournoi en simultané, l'exercice nécessite une vigilance accrue. Sachant par ailleurs que j'ai tendance à mixer les variantes (Holdem, PLO, PLO8) et que la gymnastique intellectuelle n'est pas exactement la même, l'exercice n'est au final pas de tout repos. Il faut avoir l'oeil.

La soirée promettait donc vraiment d'être plus fructueuse que d'ordinaire, les places payées étant près de poindre un peu partout. C'était sans compter sans le grain de sable du marchand. A la pause de 23h00, n'ayant ni l'envie ni le besoin de m'abreuver, de me restaurer, de satisfaire un besoin naturel ou même de surfer sur le net afin de passer le temps, je décide de m'accorder quelques instants de pause sur le canapé du salon. A ce moment précis, ayant dormi normalement la veille, je ne suis pas à proprement fatigué. Mais je tiens à être en forme dans la deuxième partie de soirée, celle du money time où les décisions peuvent coûter ou rapporter cher. Je m'installe alors confortablement et je ferme les yeux, bien décidé à mettre à profit chacune des 300 secondes (cinq minutes) qui me sont offertes. Ces quelques secondes de relaxation ne seront pas superflues, me dis-je alors.

Je rouvre les yeux après quelques instants de détente. Un bref instant, j'ai entrevu les portes des contrées des rêves. Un trop bref instant. A peine plus d'une minute s'est écoulée. Mauvais timing. Je constate en effet en levant la tête que la pause est toujours en cours en zyeutant mon écran d'ordinateur au loin. Je peux glaner encore quelques secondes de répit. Bis-repetita un bref instant plus tard : mon écran d'ordinateur affiche toujours la pause en cours. A ce moment-là, toutefois je sens que mes paupières s'alourdissent quelque peu et j'ai le sentiment de m'être plongé dans une furtive escapade onirique. Tout est sous contrôle. Je ne me sentais pas fatigué mais à présent je me dis qu'une petite minute de pause supplémentaire ne me fera pas de mal. Je laisse divaguer mon esprit, et à nouveau je sens que de nouveaux micro-rêves s'immiscent dans mon cerveau. Mes paupières deviennent un peu plus lourdes. Juste un peu. Je sursaute alors et croyant m'être endormi une minute de trop. La pause est forcément terminée. Je rouvre les yeux avec extrême difficulté. Satanée pause ! L'espace-temps semble échapper à mon contrôle. Elle est toujours en cours : mon écran d'ordi est formel. J'ai perdu la notion du temps. Je me dis alors que je vais me lever dans 30 secondes quoi qu'il arrive, par sécurité. Et j'entame le décompte. Sauf que je ne parviens pas à le terminer.

Lorsque je rouvre les yeux, je passe en quelques secondes de la confusion à la stupeur. J'ai été kidn'happé par Morphée pour une micro-sieste impromptue. L'esprit embrumé, je me précipite vers mon ordinateur et constate avec effroi que les tables ont repris depuis une bonne demi-heure déjà ! Une demi-heure entière à me faire dévorer mes blindes sans répit.

Sur la plupart de mes tables, je suis déjà mort. Dans le silence et l'indifférence, en ayant malgré tout atteint les places payées sur deux d'entre elles. Mais à ce moment-là le coup de grâce n'a pas encore été porté puisqu'il me reste encore 4 tables actives avec des jetons... je me dis alors naïvement que je peux encore rebondir. Sur deux d'entre elles je suis mourant avec moins de cinq blindes. Aussitôt englouties par l'implacable Dieu du poker courroucé, qui me punit aussitôt d'avoir été pactisé avec le marchand de sable. Mais la sanction divine ne s'arrête pas là. Sur les deux autres tournois où je dispose encore d'au moins une dizaine de blindes malgré mon absence prolongée, je suis également sanctionné et éjecté manu-militari en moins de 3 minutes : un bad beat, un coin-flip perdu et c'est le coup de grâce. Je me retrouve dans un état second, tel une âme en peine errant dans les limbes. La soirée de rêve aura ainsi définitivement viré au cauchemar.

J'avais toujours évité jusqu'ici de m'endormir au cours de mes centaines de sessions nocturnes. Ce soir-là, je ne ressentais pas de fatigue particulière. Et pourtant, j'ai sombré. C'est la vie. Je ne suis pas un robot. Je suis juste un homme. Un homme qui respire. Un homme qui fatigue. Un homme qui rêve. Un homme qui cauchemarde. Un homme. Juste un homme. Satanée pause. Elle m'aura coûté cher.

dimanche 31 janvier 2021

2021 déjà !

Bon, 2021 est déjà là et le moindre que l'on puisse dire c'est que l'encéphalogramme est bien plat, ces temps derniers. Il n'y a vraiment pas grand chose à se mettre sous la dent. Gagner un peu, reperdre un peu. Espérer. Désespérer. Aujourd'hui ressemble à hier.

Je ressens toute la mélancolie d'une Pénélope dont la fidélité est mise à rude épreuve par la cohorte de prétendants depuis qu'Ulysse a mis les voiles. Après tout, il y a tout un tas d'activités prenantes pour concurrencer la monotonie monogamique des soirées poker... mais j'ai une tapisserie à finir avant de songer à contracter nouveau mariage. Une conquête du poker ça ne se fait pas sur un claquement de doigts. Ca nécessite temps, abnégation, chance. Alors en attendant le retour d'Ulysse, en véritable veuve noire je tisse inlassablement ma toile, quand bien même elle ne progresse pas... et je brode un article de bric et de broc. On est loin de la tapisserie de Bayeux, mais en attendant, je remets mon métier à l'ouvrage, sans me décourager. Je fais mes gammes. Je révise mon solfège poker. Espérant résister aux sirènes et restant fidèle à mon Odyssée à moi.

Le Dieu du Poker a décidé de tester ma patience. J'ai toujours pour ambition de devenir l'un de ses héros. Alors je patiente en attendant la fin de la guerre de Troie et le retour du roi à Ithaque.

jeudi 31 décembre 2020

2020, une année à oublier

Bon et bien voilà une année 2020 qui ne restera pas les annales de ma conquête du poker. J'ai fait une année blanche. Sans aucun éclat. Les quelques euros gagnés ici ont vite été reperdus là. Il faut dire que mon volume de jeu aura été vraiment faible : un premier semestre fantomatique et un second semestre monochromique. Si on rajoute à cela l'effet Coronavirus avec l'obturation de toutes les habituelles fenêtres  vers des événements live, on aboutit au résultat final le plus fade et le plus insipide qui soit : l'année blanche. Sans gains ni pertes.

La bonne nouvelle, c'est que je ne joue pas pour l'argent : ne pas gagner pendant une longue période ne m'affecte pas particulièrement. La mauvaise nouvelle, c'est que si je ne joue pas pour l'argent c'est parce que je joue pour le rêve... et là, le rêve se retrouve provisoirement relégué vers les limbes de mon cerveau.

Le mal, il n'est pas dans l'année blanche que je viens de réaliser. Il est bel et bien dans l'année transparente que je viens de vivre. La nuance est de taille. Si j'apprécie ce jeu, c'est essentiellement parce qu'il induit chez moi un effet maelström : je démarre une soirée comme une autre assis sur ma chaise derrière mon écran d'ordinateur et à un moment donné je me retrouve propulsé vers des horizons insoupçonnés. J'en ai vécues, des aventures. Mais là, avec le monde qui tourne à l'arrêt tous les événements de type passerelle online-live ont été annulés ou reportés, et ma part de rêve induite par l'effet maelström s'en est retrouvée fortement affectée. Alors ma motivation s'en est trouvée affectée. Ce n'est que provisoire, je le sais. Je vais rebondir. Espérons que 2021 soit un meilleur cru que 2020. Ce ne devrait pas être bien difficile.

jeudi 24 décembre 2020

Avec les as, tout est plus simple (2/2)

Le scenario est bien rodé : il se reproduit épisodiquement, par intermittence, sans aucun signe avant-coureur, à la faveur d'une soirée poker qui débute sur les chapeaux de roues. Plusieurs paires d'as à intervalles rapprochés qui vont à tapis contre des mains ultra-dominées (de type As-Roi ou As-Dame) et qui permettent de doubler rapidement son stack lors des premiers niveaux d'un tournoi. Pour éviter la monotonie des as, une paire de rois qui produit un effet similaire de temps en temps n'est pas de refus. On double encore son tapis. Toutes nos tables sont à marée haute. Une nouvelle paire d'as à une autre table. On dirait bien que c'est la fête. La soirée est lancée de la plus belle des manières. La chance est manifestement au rendez-vous puisque les as sont là et qu'ils ne se font pas injustement craquer : de quoi s'en pourlécher déjà les babines ! Nos adversaires semblent n'être là que pour jouer le rêve de victimes expiatoires. Dans de pareils moments, alors qu'il est à peine plus de 21h heures et que la soirée vient à peine de commencer, dans un recoin de notre tête on se sent déjà aussi irrésistible que le fils d'Attila, en authentique Prince Charmant débridé, et l'on se met déjà à rêver d'une marche triomphale entre Budapest et Vienne au son d'une valse à peine altérée par le bruit des tambours, avec une fin heureuse de type "et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants". Un véritable conte de fées nous attend. Vive les as !!! On en redemande. J'appelle cela l'effet Cendrillon.

Avec les as en main, tout est évidemment plus simple. Certes, il faut savoir encaisser un petit bad beat réglementaire de temps en temps. Certes, il faut savoir les coucher post flop lorsque ça sent le roussi et qu'il faut évacuer à regret le château féérique en proie aux flammes. Mais Dieu qu'on se sent fort, avec cette main légendaire qui nous permet de monter des tonnes de jetons en début de tournoi face à des pâles adversaires. Sauf qu'à la vérité, ce type de soirée avec démarrage en fanfare les as en main réserve inévitablement son lot de déconvenues tardives. Plusieurs heures plus tard. Dans des moments autrement plus importants qu'un banal début de tournoi. Car derrière le bruit des tambours se love en sourdine  sournoise celui des canons.

Il y a quelques jours, c'est de façon caricaturale que pareille déconvenue m'est arrivée. Une fois le feu d'artifice initial épuisé, ce sont bien les autres qui se sont mis à avoir les paires d'as en main. Dans les moments critiques du tournoi. Ceux qui comptent vraiment : dans le money time. Lorsque la table finale est à portée de clic. Là où en définitive cela importe vraiment de les avoir, ces satanés as, au regard des écarts conséquents induits par les paliers exponentiels s'agissant des places payées. Minuit passé et mon écran d'ordinateur affiche encore une constellation de tournois où je suis en vie avec un stack conséquent : super ! Sauf qu'à partir de ce moment-là, l'effet Cendrillon opère... dans sa phase dramatique. A chaque belle main de ma part, je tombe sur un adversaire qui a les as et qui met brutalement fin au bal. Perte logique du 20/80. Même déconvenue moins de cinq minutes plus tard. Puis, tant qu'à faire jamais deux sans trois... encore un adversaire qui nous éjecte manu militari avec ses as. Elimination ; élimination ; élimination. Fin du bal. 1h du matin. Frustration totale. Récolte de clopinettes et retour à la case citrouille. Tout ça pour ça.

Tout ceci pour dire que la bonne fortune ne se mesure pas d'une façon linéaire. A fortiori lorsqu'on a les as en main. Ce qui importe vraiment, ce n'est pas le nombre de fois qu'on va les toucher, mais bien le moment précis où on en hérite. Si comme dans la légendaire chanson de Téléphone "Cendrillon pour ses vingt ans est la plus belle des enfants. Son bel amant, le prince charmant, la prend sur son cheval blanc", vient le couplet où elle paye le tribut du retour de variance et se voit contrainte de céder les spotlights à la belle au bois dormant. Plus dure est la chute quand on n'y a pas été préparé.

Ne pas s'enflammer quand on a les as. A fortiori lorsque les enjeux sont encore faibles en début de soirée. Voilà un noble conseil que je peux donner aux apprentis princes charmants. Une fois l'aspect mathématique modélisé, le poker se résume à une affaire d'histoires plus ou moins heureuses, plus ou moins bien ficelées. J'ai perdu ma candeur virginale depuis bien longtemps et n'accorde plus aucun crédit féérique aux démarrages en fanfare, as en main. Car les plus belles histoires sont celles qui commencent mal et se terminent bien. Qu'on se le dise.


vendredi 18 décembre 2020

La moisson de clopinettes

Hier soir, j'ai connu une session poker un peu spéciale : j'ai fait une moisson de clopinettes. Mélange subtil de plaisir aux tables et de frustration s'agissant de la digestion.

En effet, je suis parvenu à atteindre les places payées dans la quasi-totalité des tournois que j'ai disputés, ce qui constitue une plaisante anomalie statistique. Lorsque l'on sait que les places payées ne sont atteintes que dans à peine plus de 10% des tournois que l'on joue, une telle performance relève a priori de l'exploit. Le problème, c'est que pour gagner sa pitance au poker, il ne suffit pas d'atteindre le top 10% d'un tournoi. Il faut aller plus loin. Bien plus loin, même. Parfois même finir dans le top 1% ne suffit pas à nourrir son homme. A la vérité, il est nécessaire de terminer dans le top 0.1% pour faire bombance. En d'autres termes, ce n'est qu'en atteignant des tables finales et des podiums que l'on effectue de belles récoltes. Dans le cas contraire, on aura vibré pour parvenir au final à ne glaner que des clopinettes sans saveur.

Hier donc, j'ai fini ma session dans le vert. Voyons le bon côté des choses : avoir les pouces vert décuple le plaisir du jardinage. Cela vient corroborer le sentiment empirique qui m'habite depuis quelques semaines : mon jeu du moment est manifestement bien en place. Sur le moment, cela permet d'éprouver un véritable plaisir du jeu à mesure que la soirée avance et que l'on repousse l'inéluctable élimination. La sensation d'avoir encore des jetons à l'approche du money time est vraiment plaisante à vivre, d'autant plus qu'elle est ressentie sur plusieurs tables à la fois. Dans de pareils moments, on en vient à espérer la victoire au moins dans l'un de ces tournois. La satisfaction de continuer à multi-tabler jusque tard le soir est vraiment grisante, c'est un fait. Et cela laisse augurer de belles performances prochaines si cette tendance se confirme.

Dommage...
Mais le poker est un jeu ô combien frustrant, qui ne régale vraiment qu'en de trop rares occasions. La sortie de piste est la règle tandis que la table finale demeure une exception. La victoire n'est quant à elle qu'une belle chimère. Alors voilà, comme tant d'autres soirs, mes espoirs de victoire se sont hier encore dissipés un à un sans que je puisse parvenir à récolter les fruits les plus juteux et les plus savoureux. La récolte du soir - qui aurait pu être miraculeuse avec un brin de réussite en plus - n'aura été au final qu'une décevante moisson de clopinettes, et je suis parti me coucher frustré d'avoir croqué dans des fruits au goût beaucoup trop acide car cueillis juste avant d'être parvenus à maturité. Pour le banquet et les agapes, on repassera un autre jour.

Voici donc comment on peut achever une session poker dans le vert tout en étant triste, à la limite de la crampe d'estomac. En ayant fait une moisson de clopinettes ! Et avec l'immense frustration de devoir clôturer sa session en se disant : "tout ça pour ça".

C'est le poker, bébé ! Il faut faire avec.

mercredi 2 décembre 2020

Songe onirique : un rêve de PLO8

La nuit dernière, à la faveur d'une longue et belle nuitée de sommeil, j'ai fait un songe insolite : un rêve de Pot Limit Omaha High-Low, ma variante préférée du poker, communément appelée PLO8. Je l'ai déjà évoqué ici précédemment à diverses reprises, mais il s'agit d'une variante peu pratiquée en France et dont les vrais spécialistes - compétents et assidus - se comptent sur les doigts d'une seule main (en exagérant juste un peu).

Pour ceux qui pratiquent une langue étrangère apprise sur le tard - prenons l'exemple classique de l'anglais - il est possible de rêver dans cette langue, mais les probabilités diminuent sensiblement par rapport à une personne totalement bilingue depuis la tendre enfance. Pour que pareille performance onirique consistant à rêver dans la langue étrangère soit possible, il est communément observé que cela nécessite a minima d'être régulièrement amené à penser en anglais. Pour celui qui ne pratique l'anglais qu'à dose homéopathique ou via un apprentissage bourratif (listes de vocabulaire ou livres de grammaire) il n'y a ainsi quasiment aucune chance que l'on rêve distinctement en anglais.

Il n'y a guère que les profanes pour croire que le poker est un jeu facile. Chaque variante nécessite en effet un raisonnement particulier poussé pour pouvoir dompter la variance générée par l'effet chance, et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle bon nombre de professionnels ne se spécialisent que dans le seul Texas Hold'em. Etant curieux de nature et aimant papillonner intellectuellement parlant, je m'intéresse à toutes les variantes, et j'ai déjà répété plusieurs fois ici combien le PLO8 était ma variante de prédilection pour laquelle j'ai une tendresse toute particulière.

Celui qui se contente de calquer son raisonnement en variante sur ses acquis du Texas Hold'em commet une erreur car il s'agit d'un raccourci forcément trompeur, à l'instar de celui qui utilise un faux-ami en pratiquant une langue étrangère. Il y a quelques semaines, à l'occasion d'un des trop rares tournois de PLO8 à grosse dotation garantie sur Winamax, j'ai eu la possibilité d'observer avec effarement à ma table le comportement erratique et totalement à côté de la plaque de l'un des ambassadeurs de la marque au W. Lui, il ne rêvera pas de Pot Limit Omaha High-Low avant bien longtemps, c'est une certitude.

Pour en revenir à mon rêve de la nuit dernière - sujet principal de cet article - je me souviens être assis à une table de cash game PLO8 en live dans un casino un peu vieillot à l'ambiance feutrée, en étant le premier à miser deux fois et demi la blinde, avec une main un peu spéculative 6443 avec deux piques et deux trèfles (main correcte pour le high et plutôt bonne pour le low).  Le joueur suivant payait, de même que ceux situés au bouton et à la petite blinde, tandis que le joueur de grosse blinde habitué à disputer ses coups high variance (avec des pots systématiquement élevés) venait compliquer ma tâche en relançant conformément à mes craintes au maximum à la hauteur du pot. Et je me souviens parfaitement avoir effectué des calculs complexes de cotes mathématiques afin de savoir si je devais accepter de m'embarquer dans un pot aussi périlleux et rentrer dans un rapport de force avec une main aussi incertaine et avec de surcroit plusieurs joueurs restant à parler derrière moi. C'est d'ailleurs là le plus cocasse à mon réveil : j'avais encore les chiffres effectifs des montants engagés en tête, tandis que le décor ambiant était aussitôt volatilisé, englouti par les limbes de mon moi onirique... Tout juste me souviens-je de murs entoilés couleur carmin. Mais impossible de me remémorer du moindre détail précis se rapportant au lieu, à la table, au croupier au bien au profil physique de mes adversaires. Tout ou presque ne se résumait plus qu'à des calculs de cotes mathématiques au moment d'ouvrir les yeux. Quant à ma prise de décision finale, je ne saurai jamais laquelle a été prise dans mon aventure onirique, puisque je me suis réveillé sans que mon dilemme mathématique ait pu toucher à sa fin par un call, un fold ou un re-raise.

Une poubelle de luxe en PLO8
En transposant au poker le principe linguistique des rêves en langue étrangère évoqué en début d'article, j'en déduis aisément que je maîtrise bien le PLO8 en dépit du fait que mes sessions en ligne du soir soient minoritaires et systématiquement mixées avec du classique Texas Hold'em et du Pot Limit Omaha. De quoi me conférer un petit sourire amusé au réveil, mâtiné d'un sentiment diffus de fierté. J'aime mes rêves. Aussi parcellaires et insipides soient-ils. Qu'on se le dise.

Je pense PLO8... donc je rêve PLO8... donc je suis PLO8. Vous suivez ?


 

 

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Pour rappel, au PLO8 le pot est finalement attribué paritairement :

- à celui qui a la main la plus haute avec deux de ses cartes privatives

- ainsi qu'à celui qui a la main la plus basse avec là encore deux de ses quatre cartes privatives, à la condition que sa cinquième carte ne dépasse pas 8

Dans l'hypothèse où personne ne parvient à former de low, le pot revient dans son intégralité à celui ayant le meilleur high à l'abattage.

La gymnastique intellectuelle pour jouer les coups de façon appropriée dans cette variante nécessite donc des circonvolutions particulières ! 




lundi 30 novembre 2020

Le plaisir simple d'un jeu bien en place

Au poker, il faut savoir lever les yeux du guidon afin non seulement de mieux profiter du paysage mais aussi de trouver le meilleur chemin pour arriver à destination sans s'égarer en cours de route. En d'autres termes, il est important de pouvoir dissocier les résultats financiers du niveau de jeu réel. Les gains et pertes ne sont en effet qu'un timide reflet de la qualité de jeu produite aux tables. Alors voilà, même si je patine en ce moment d'un point de vue purement comptable, je me surprends actuellement à éprouver un plaisir simple à déployer un jeu efficace à mes tables. C'est beaucoup et c'est bien peu à la fois. Mais en cette période morose peu propice à l'action, c'est déjà ça.

Je me sens bien. A tel point que je peux sans peine rajouter quelques tables supplémentaires à mes sessions de jeu sans jamais éprouver la moindre lassitude mentale devant cette pléthore d'informations en simultané à l'écran. Cela n'a pas été toujours le cas par le passé, aussi je mesure combien ce simple détail - éprouver du plaisir en jouant - influe positivement sur tout un tas d'autres paramètres. Je n'ai pourtant rien fait de spécial pour ça : le plaisir est revenu de lui-même, effaçant un début de lassitude qui s'était durablement installé dans un recoin de mon esprit depuis plus d'un an déjà. Je me sens parfois tel un pianiste avec mon clavier et ma souris, avec un temps de latence extrêmement réduit entre deux prises de décisions. Il doit probablement y avoir un lien de cause à effet entre la sensation de plaisir retrouvé et le fait que j'aie le sentiment d'avoir actuellement un jeu bien léché, avec en prime l'impression d'avoir retrouvé une meilleure bien meilleure qualité de jeu. 

Les clignotants sont donc au vert, et ça augure de lendemains meilleurs à défaut d'un présent radieux. Toutefois, au poker, il ne suffit pas d'avoir un jeu bien en place et de se sentir à l'aise aux tables pour amasser les gains effectifs ! Il faut également pouvoir compter sur un minimum de chance pour convertir de la qualité de jeu et du bien-être en argent. Alors je vais patienter sans soucis, avec le sourire aux lèvres en prime... les gains peuvent attendre, ce n'est pas du tout un problème pour moi. 

Du pain et des jeux. Un ordinateur et une connexion internet. Il suffit parfois de peu pour rendre un homme heureux.




mercredi 18 novembre 2020

Un an sans live : une rêverie révélatrice de doutes ?

Novembre 2020 se traîne avec langueur et torpeur. Traditionnellement, novembre, c'est le mois où le PMU organise sa grand messe pokeristico-turfique à l'hippodrome de Vincennes. Un petit tournoi de gala sans prétention disputé dans une bonne ambiance qui ne m'a jamais trop réussi mais qui fait partie de mes habituelles parties de poker disputées en live. Pour quelqu'un à l'affut des bons plans comme moi, il y a souvent la possibilité de se qualifier en ligne pour de tels tournois, qui se jouent au milieu des amateurs et passionnés, avec des lots sympathiques pour ceux qui ont la chance de se faufiler jusqu'aux ultimes survivants. Toutefois, l'actualité sanitaire de cette année 2020 a fait que très peu d'événements live ont pu se dérouler normalement sur la planète poker au cours de ces derniers mois. Un an complet s'est écoulé depuis le dernier Hip'Poker Tour de Vincennes. Novembre 2019 a donc été mon dernier tournoi disputé en live. Une activité poker a certes timidement repris à la fin de l'été avec vitres en plexiglas et autres mesures hygiénistes, mais uniquement de façon sporadique pour les mordus des casinos et autres cercles de jeu. Pour les joueurs plus occasionnels tels que moi, c'est une toute autre histoire. Les tournois de gala et autres festivals amateurs organisés en partenariat avec les plateformes en ligne ont quant à eux été renvoyés aux calendes grecques. Et le jeu en ligne, lorsqu'il se retrouve dépourvu de pareilles promotions a tôt fait de m'installer dans une monotonie peu enthousiasmante le soir devant mon écran d'ordinateur. Car je joue au poker pour rêver. Pas pour l'argent.

Dans cette torpeur ambiante, pour la première fois depuis belle lurette, cette nuit j'ai fait un rêve de poker. Assez intense et prégnant sur le moment. Mais dont bon nombre de détails se sont évaporés dans les limbes de mon cerveau, ledit rêve s'étant déroulé bien en amont de mon réveil. Dans mon songe, je parvenais à la pré-bulle d'un tournoi qui se disputait dans un cercle de jeu parisien, tous sens aux aguets, en accumulant toutefois quelques petites bévues : oubli répété de poser ma blind, erreur de calibrage dans mes relances, fébrilité dans le comptage de mes jetons et surtout : hésitation coupable à trouver ma nouvelle table une fois cassée celle où je jouais. Je me souviens avoir pris énormément de temps à trouver ma place et à m'installer à la table avec des jetons en pagaille mal raqués et tombant à terre sur le trajet, m'obligeant à faire deux allers-retours d'une table à l'autre, tel un Petit Poucet inquiet à l'idée de ne plus trouver son chemin... au point de provoquer l'irritation du croupier me soupçonnant aussitôt de vouloir ralentir le jeu afin de passer la bulle sans encombre. C'est ainsi que je me faisais lourdement pénaliser, et décidai d'appeler le floor (juge-arbitre) afin de statuer sur la légalité de ma sanction. Après avoir écouté le récit du croupier, je demandais la parole pour ajouter quelques éléments factuels et expliquer que mes gaffes supposées être du sabotage afin de gagner du temps n'étaient dues qu'à un malencontreux hasard, mais sans que cela soit nécessaire car le responsable statuait aussitôt en ma faveur et sermonnait le croupier pour m'avoir sanctionné un peu trop hâtivement.

Bien que n'étant pas particulièrement compétent en interprétations oniriques, le décryptage de base de ce rêve me semble plutôt limpide : après avoir passé une année entière d'abstinence en live, j'en viens à douter de mon niveau de compétence, sachant que lorsqu'on n'est pas un professionnel on a tôt fait de perdre certains réflexes lorsqu'on ne pratique plus sa discipline de prédilection pendant un laps de temps prolongé. Au-delà de cet aspect lié à la forme, je m'interroge sur le fond quant à mon niveau de jeu réel du moment, mes performances en ligne actuelles s'avérant extrêmement médiocres si je ne me fie qu'aux résultats bruts.

Ne pas avoir connu la joie de tâter du jeton en live depuis un an maintenant ne me manque pas vraiment. Mais force est de reconnaitre que j'aimerais pouvoir avoir l'occasion de briller de nouveau prochainement, en faisant étal de mes qualités cartes en main. Ca devra attendre au moins jusqu'en 2021. Voire 2022. Ou même pire encore, qui sait ? Quoi qu'il en soit, le succès au poker est aussi affaire de patience, parfois. Alors soyons patients. Tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir.

jeudi 5 novembre 2020

Les chauffards du dimanche en mode confinement

On dit d'un chauffard du dimanche qu'il s'agit d'un conducteur qui dispose certes du permis de conduire mais qui ne se sert de son véhicule qu'en de rares occasions : le dimanche, les jours fériés et sur la route des vacances. De par son inexpérience, il maîtrise mal son véhicule et met la vie des autres en danger. Toutes proportions gardées, il en va de même avec le poker : il existe une catégorie de joueurs du dimanche, adeptes de prises de position exotiques, au point d'accroitre drastiquement les risques de collision et de sortie de piste brutale. Le plus souvent, avec des dommages collatéraux.

Le dimanche constitue ainsi traditionnellement une journée à part dans le calendrier des joueurs de poker, puisqu'il s'agit du jour de la semaine où débarquent aux tables ces cohortes de joueurs occasionnels aussi doués cartes en main que je le suis pour parler turc. La Turquie est un pays que j'adore par ailleurs : j'ai eu l'occasion de le choisir comme lieu de villégiature à diverses reprises par le passé. Sauf qu'après avoir prononcé le traditionnel"Meraba" pour dire "bonjour", il ne reste plus guère que "Tammam" dans mon répertoire sémantique afin d'exprimer quelque chose comme "OK". Au-delà de ces deux termes, je navigue à marée basse en plein brouillard : c'est déjà la fin du phosphore sur les rives du Bosphore. Pour en revenir à nos moutons, le dimanche constitue de facto le jour de la semaine où le joueur de poker expérimenté a le plus de chance de briller : des dotations plus juteuses (du fait de l'afflux de joueurs) disputées contre des adversaires pourvus de plans de jeu peu académiques (dont le niveau moyen est bien plus faibles qu'en semaine). Pour des raisons personnelles et familiales, je n'ai jamais été très présent aux tables de poker en ligne les dimanche. Les rares fois où je joue le dimanche, je hausse le sourcil plus haut que d'habitude face à certains moves improbables de la part de ces joueurs occasionnels.
 
L'image qui me vient spontanément à l'esprit à l'évocation de cette caste à part des chauffards du dimanche est celle de la collision Bourvil/De Funès dans le mythique film Le Corniaud que j'ai d'ailleurs eu le loisir de revoir avec plaisir pendant la phase du premier confinement survenu au printemps. Des chauffards confinés que je n'ai d'ailleurs que peu ou pas croisés, de par mon activité extrêmement réduite aux tables à ce moment-là.
 
Toutefois, avec l'émergence de la seconde vague de Covid-19 et le semi-confinement qui va avec, cette cohorte de chauffards du dimanche pointe de nouveau le bout de son nez aux tables à n'importe quel moment de la semaine. Le confinement imposé par le Gouvernement pour d'évidentes raisons sanitaires est certes moins strict qu'au printemps, mais suffisant pour conduire un nombre conséquent de chauffards du dimanche à venir croiser mon chemin aux tables. Depuis quelques jours, j'assiste donc à des coups bien plus folkloriques que d'habitude de la part de ces adversaires peu doués. Plutôt que sur les habituelles routes sinueuses et ravinées, on se croirait alors débarqué sur un circuit d'auto-tamponneuses, tellement ça cogne fort et ça tangue au moins choc. Ce qui est particulier au poker par rapport à d'autres jeux, c'est qu'avec une bonne dose de chance, des fois, même en faisant un peu n'importe quoi ça passe (même si souvent ça casse). Dans tous les cas, ça reste fun à voir et à vivre.
 
Jouer face aux chauffards du dimanche constitue un plaisir un peu coupable lorsque ça se passe bien pour moi. En spectateur, c'est particulièrement cocasse car il n'y a aucun affect pour venir altérer l'amusement du moment. Dans un cas comme dans l'autre, les étiquetages à base de pastilles de couleur pour ces joueurs sont bien plus fréquents que d'ordinaire. 
 
Sacrée variance ! Elle entretient l'illusion des chauffards du dimanche, en leur faisant parfois croire qu'ils pilotent leur bolide avec brio et que la chance seule suffit à les porter jusqu'à la ligne d'arrivée. Pour le joueur talentueux, la variance constitue le revers de la médaille : une pointe d'agacement peut également survenir lorsque la malchance vient perturber la moisson escomptée et que la récolte de blé s'envole, laissant place au fracas de la tôle ondulée. La moissonneuse-batteuse se mue alors en carcasse calcinée abandonnée en plein champs et il n'y a alors plus rien à glaner.
 
Les chauffards du dimanche ne respectent rien. Ils klaxonnent à tout bout de champ en éructant la bave aux lèvres, refusent les priorités avec un air bravache, grillent les feux avec la fougue d'un James Dean, et roulent parfois à contre-courant sur l'autoroute à toute berzingue.  Mais tout au bout du chemin, pour celui né sous une bonne étoile qui aura esquivé les collisions avec dextérité, il y a la perspective de voir s'agiter le drapeau à damiers et de récolter les lauriers de la gloire. Dans ces moments-là, le plaisir de la victoire supplante toutes les afflictions causées par les incessants accidents. 
 
Je vais arrêter ici la comparaison avec la route. Ca ne reste qu'un jeu. Au poker, il n'y a pas mort d'homme malgré la fureur de vivre qui nous habite parfois aux tables de poker. Alors vive les chauffards du dimanche confinés ! Et tant pis pour les accidents."C'est le jeu, ma pauvre lucette".


dimanche 1 novembre 2020

La petite mort

Par ici la sortie...
On a coutume de dire que se faire sortir d'un tournoi au poker procure dans certains cas une sensation poignante de tristesse, une sorte de deuil, à tel point que l'on appelle parfois ce phénomène "La petite mort". Il s'agit d'un phénomène d'autant plus courant que l'enjeu du moment est élevé et que les ambitions sont hautes. Moi-même, lors de mes rares tournois live, j'ai déjà ressenti ce sentiment à diverses reprises. Ca vaut également pour des tournois en ligne importants, mais le phénomène y est de moindre intensité, il faut le reconnaitre. Quoi qu'il en soit, dans de tels moments, on se sent inconsolable indépendamment du contexte, et il faut alors laisser passer une sorte de délai de viduité avant de retrouver pleine possession de ses moyens. Qu'est ce qui peut expliquer pareil phénomène ? Et comment le combattre ? C'est ce que je vais essayer d'exprimer ici de façon empirique, en espérant au bout du compte que cela aidera ceux qui traversent ou traverseront un jour de pareils moments de détresse face à cette petite mort.

Comment survient cette sensation atroce de petite mort à la suite d'une élimination ? Un premier élément de réponse a déjà été livré dans le précédent paragraphe : les moments de spleen extrêmes suite à une sortie de route en tournoi surviennent lorsque se combinent plusieurs paramètres ; il faut tout d'abord ressentir de l'excitation du fait de l'enjeu, avoir placé beaucoup d'espoir dans ledit tournoi, s'être laissé envahir par le parfum enivrant de la victoire avant l'heure, au point de se croire en mesure de vaincre l'adversité pour in fine figurer tout en haut du classement final et repartir avec les gains significatifs qui vont avec. En ce sens, avec le recul je suis en mesure de dire que ce phénomène est le fruit d'un décalage temporel entre la croyance de pouvoir décrocher la timbale et les chances effectives d'y parvenir. Le poker étant un jeu où la chance joue un rôle prépondérant, se hasarder à espérer une victoire de toutes ses forces aura toutes les chances d'engendrer un contrecoup émotionnel brutal lorsque la dure réalité de ce jeu dissipe soudainement les illusions de victoires. Attention donc à de tels retours de flamme lorsqu'on se retrouve projeté dans le feu de l'action. Dans de tels moments de détresse, on peut alors dans les cas les plus impactants se retrouver soumis à un désir irrépressible de bazarder la suite de ses tournois.

Cette émotion poignante, ce sentiment d'infinie tristesse, cette petite mort est tout à fait humaine. Ce n'est pas pour autant qu'il ne faut passer essayer de la combattre, ou tout du moins d'en limiter l'impact. Car à long terme, devoir subir la petite mort sans entrevoir la moindre solution pour en atténuer les effets constitue indéniablement un point de vulnérabilité pour les joueurs de poker. Car on a alors toutes les chances de s'éloigner considérablement de son A-game pendant le délai de viduité. Le remède au problème est pourtant assez simple, mais il doit être appliqué de façon préventive et non curative. Pas d'affect ! En évitant autant que possible de se mettre la pression sur un tournoi donné on en évitera les effets secondaires délétères. Accepter que l'on ne contrôle pas son destin sur le court terme, quel que soit notre niveau.

Ne disputer que des tournois que l'on peut se permettre de perdre sans se sentir affecté... telle est la solution générique. Dans le détail, parvenir à ne pas mettre d'affect dans ses tournois revêtira deux formes distinctes selon que l'on joue en live ou en ligne. En live, il faut savoir profiter de l'événement dans sa globalité, à l'image d'une aventure, en incluant le plaisir l'aspect touristique lorsque l'événement a lieu loin de ses bases, en profitant de chaque instant vécu, de chaque goulée d'oxygène avalée, de chaque moment de convivialité ou de tension vécu à sa table de jeu. De la même manière qu'un homme ne doit pas angoisser à l'idée de la mort sous peine de se gâcher la vie, le joueur de tournoi live doit vivre son tournoi comme un présent merveilleux plutôt que comme un cadeau empoisonné, et cela quelle qu'en soit l'issue. En ligne, la solution adéquate est un peu plus simple : il convient de veiller à ne pas inclure dans sa session un tournoi aux enjeux financiers sensiblement supérieurs aux autres... en d'autres termes résister autant que faire se peut à la tentation de se faire un shoot d'adrénaline si l'on ne le vit pas comme un éphémère moment de plaisir.

Ne pas mettre d'affect dans ses tournois. Un remède simple et efficace contre le spleen de la petite mort. Une décision qu'il faut savoir prendre en amont, souvent difficile à mettre en oeuvre lorsque l'on aime passionnément le poker. Même s'il est vrai que le jeu constitue le sel de la vie pour nombre d'entre nous, devoir subir les affres de la petite mort trop souvent engendre des effets secondaires négatifs. Aussi, dans le mesure du possible, j'essaye de me plier à cette règle qui confine parfois à l'ascétisme. Savoir mixer plaisir et rigueur. Une véritable gageure. Mais qui permet de faire des vieux os.



mercredi 14 octobre 2020

Avec les as, tout est plus simple (1/2)

Les as. La meilleure des mains au Texas Hold'em. Celle qui est la mieux capable d'accélérer le rythme cardiaque et qui suscite les espoirs les plus fous. Tout du moins préflop. Car ensuite, ça devient une toute autre histoire. Il n'en demeure pas moins que recevoir les as constitue un luxe dont on voudrait profiter plus souvent qu'à son tour et que n'étant pas fétichiste mais rationnel il s'agit de ma main préférée. Car statistiquement parlant elle rapportera plus que toute autre. Il faut dire que le pourcentage de chances de toucher les as est relativement faible, de l'ordre de 0.45% : un joueur recevra donc les as 1 fois sur 220 en moyenne. Parfois, on doit attendre un nombre incalculable de mains avant d'enfin pouvoir accéder à ce privilège... il n'est pas rare qu'il faille attendre 500, 600 voire 1.000 mains et au-delà pour toucher sa paire d'as. Dans d'autres cas, c'est fort heureusement tout l'inverse qui se produit : rien n'interdit à deux beaux as de pointer le bout de leur nez à plusieurs reprises à intervalle rapproché. De quoi alors jubiler. Du moins, en principe. C'est tout juste ce qu'il vient de m'arriver il y a quelques heures à peine, à l'occasion d'un modeste tournoi réunissant tout de même plus de 600 joueurs.

 


En l'espace de 11 mains à peine, j'ai découvert sous mes yeux ébahis les as à 4 reprises ! Dont un cas où je les ai reçus deux fois de suite. Pour un peu, on en viendrait à se demander si l'algorithme n'était pas bugué. Dans les 4 cas, j'ai pu gratter des jetons avec des sur-relances efficientes. Sans aller jusqu'à l'abattage toutefois, ce qui fait que les jetons ainsi gagnés n'ont pas été extraordinaires non plus. Mais quand même. Dans de tels moments, on se rend compte qu'avec les as, tout est plus simple. J'ai conscience de la chance que cela représente. Toutefois, ce soudain afflux de chance en recevant la plus belle des mains de type premium ne m'aura été que très peu utile car survenant en tout début de tournoi. Si au final ce tournoi se sera achevé pour moi dans les places payées (aux alentours de la 60e place) avec un gain minimaliste, ces beaux as n'auront pesé que de façon ultra-marginale dans mon tournoi.

Je ne voudrais pas offenser Dame Chance en reniant son apport, mais s'il est vrai qu'avec les as tout est plus simple au poker, encore faut qu'il qu'ils se manifestent au bon moment... ce qui n'était définitivement pas le cas pendant ce tournoi-là.

 

mardi 15 septembre 2020

Make my bankroll great again - préambule

Il y a un an de cela, je me lançais dans un challenge de Razz, consistant à parvenir à être positif sur un échantillon de 100 tournois disputés dans cette variante. Je dois ici avouer que ledit challenge s'est terminé péniblement, en eau de boudin, avec une motivation en berne, bien amochée par des résultats décevants et négatifs. Il faut dire que noyer une session ou deux de Razz le soir au milieu d'une dizaine d'autres tables de Holdem et de Omaha constitue un handicap sérieux, mon cerveau ne me permettant pas de jouer les contorsionnistes du poker sans y laisser quelques plumes au niveau de la concentration. Ce n'est pas pour autant qu'il me faut renoncer à m'assigner quelques défis et challenges de temps à autre afin de pimenter le quotidien tout en suscitant au passage une émulation intérieur vectrice in fine de progrès.

Il y a quelques semaines de cela, le très charismatique et talentueux Pierre Calamusa - ambassadeur de la marque Winamax plus connu sous le pseudonyme LeVietFou - se lançait pendant un mois un défi relayé sur la plateforme de diffusion Twitch consistant jouer une vingtaine de soirées des tournois de Texas Hold'em en micro-limites à partir d'un fonds de roulement fictif de 100€ et d'essayer de le faire fructifier au mieux. Il faut dire qu'au printemps, le bougre a encaissé la bagatelle de 300.000 € sur un seul tournoi et qu'il pouvait bien s'accorder quelques semaines de détente après pareille performance, afin de régénérer son influx nerveux. Bien lui en a pris, puisqu'il vient tout juste de récidiver en remportant un nouveau tournoi primé lui permettant de s'enrichir de 50.000 € supplémentaires. Bref, ce challenge estival baptisé Make your bankroll great again étalé sur juin-juillet n'aura été pour lui qu'un plaisant intermède au même titre qu'un Kylian Mbappé revenant fouler pour le plaisir des fans de son quartier la pelouse de Bondy une fois son titre de champion du monde de football acquis, mais il a mis un point d'honneur à vraiment jouer le jeu et il faut reconnaitre que ce fût extrêmement plaisant à regarder. Afin de susciter un zeste d'entrain en plus, toutes les semaines un concours de pronostics était lancé au sein de la communauté avec des petits lots à gagner. Et il faut croire que je fus un pronostiqueur chanceux et/ou inspiré, puisque j'ai visé juste et ai donc remporté les quelques goodies que voici :

Un mug, trois pin's et un T-Shirt. Le tout sous des allures de campagne électorale américaine de circonstance. Des goodies qui enrichissent ainsi mon rayon quincaillerie, qui stagnait depuis quelques temps. Le T-shirt est magnifique. Et à l'heure où je rédige ces lignes, je termine un thé dans le mug. Au final, LeVietFou a beaucoup souffert pendant ce challenge et n'a pu monter que 80 € de bénéfices au terme des 210 tournois pourtant âprement disputés. Preuve en est qu'au poker, le talent seul ne suffit pas pour briller. Il faut aussi du volume afin de battre la variance y compris en micro et petites limites où le nombre de gens qui jouent n'importe comment est plus élevé que la moyenne. Quoi qu'il en soit son challenge Make your bankroll great again aura été très agréable à suivre sur les réseaux sociaux et Pierre Calamusa aura rayonné de par sa bonne humeur, son professionnalisme et son implication tout du long.

Savoir se fixer de temps à autre un petit challenge personnel constitue pour un joueur régulier aux tables un agréable passe-temps entre deux shots d'adrénaline, mais il convient de se rappeler qu'à moins d'avoir un volume de jeu conséquent, le résultat final devra toujours être pris avec des pincettes car non significatif tellement l'échantillon est insuffisant pour en tirer des conclusions solides. En ces temps de campagne électorale américaine, il est bon de garder à l'esprit que ce qui est vrai avec la méthodologie des sciences sociales s'agissant des sondages par exemple, est encore plus vrai au poker s'agissant des gains ou pertes aux tables sur un nombre restreint de tournois disputés.

Prochainement, je me ré-assignerai un nouvel objectif poker automnal disputé sous la forme d'un petit challenge. Plus simple à mettre en oeuvre que le précédent ; plus rapide aussi, en le calquant sur celui de Pierre Calamusa. Histoire de me distraire un peu en ces temps rendus trop calmes. Mon thé a refroidi le temps que je parvienne au terme de cet article. J'adore ce mug. Puisse-t'il être inspirant pour mes sessions poker automnales.


mercredi 9 septembre 2020

Holdem Manager 3 - Phase de découverte

Septembre. C'est la rentrée. Et pour repartir du bon pied, j'ai décidé de procéder à un changement de taille dans mes habitudes de jeu en faisant l'acquisition d'un nouveau logiciel de suivi de performances, Holdem Manager 3, en remplacement de mon précédent Xeester, que je n'utilisais d'ailleurs déjà plus du tout depuis quelques temps en raison de défaillances ponctuelles. Ledit logiciel est bien entendu payant (comme la quasi totalité de ceux présents sur le marché), mais je l'ai obtenu à la faveur d'une conversion de mes points de fidélité accumulés dans la boutique Winamax. Holdem Manager a fait ses preuves à l'international et est en quelque sorte la référence mondiale en la matière. Xeester, de son côté était nettement plus franco-français.

Avoir un tel logiciel - communément appelé tracker - c'est chouette, car quand bien même cela reste un outil facultatif car marginal dans les prises de décisions aux tables, il n'en demeure pas moins qu'on y gagne en connaissance de ses adversaires tout comme on y gagne en matière de visibilité sur ses propres performances. Le problème, c'est que ça vient modifier mes petites habitudes de jeu et mes repères... ça a par ailleurs tôt fait de saturer l'espace visuel à l'écran. Parvenir à dompter la bête ne se fera pas en un claquement de doigts. En outre, avec des tableaux, des graphiques et des étiquettes regorgeant de données dans tous les coins, ça peut vite donner le tournis si l'on n'y prend garde. Il va me falloir dans un premier temps découvrir l'outil, me familiariser avec et opter pour l'un des formats de présentation qui me convienne. Il y a donc inévitablement une phase délicate qui se profile maintenant pour moi... ça qui ne m'enchante guère car cela vient bousculer mes petites habitudes. Mais bon, à terme je suis certain que ce sera un vecteur de progrès. Alors c'est parti : Holdem Manager 3 me voilà !