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mardi 27 avril 2021

Une pause à la volée

Autant dire les choses franchement, j'ai de plus en plus de mal à allumer l'ordinateur le soir afin de me consacrer à mes sessions poker. Lorsqu'on décide de ne pas jouer alors que l'on a la tête dans le guidon, on a vite fait de considérer que l'on loupe une opportunité fabuleuse, que l'on snobe la chance au point de développer un étrange sentiment de culpabilité devant pareil gâchis. Mais ce n'est pas vrai. Il y a une vie tout à fait plaisante et épanouissante en dehors du poker, le soir. Y compris en cette période de couvre-feu avec interactions sociales réduites. Que ce soit devant un film, une série, un match, un livre, un jeu vidéo... ou même sous la couette, il y a toujours de quoi s'amuser à moindre frais, au point de vite oublier la session poker qui nous était promise.

J'ai toujours gardé à l'esprit que le poker devait être source de plaisir et j'ai le sentiment que si je n'y prends garde, cela pourrait devenir pour moi une corvée un jour prochain. Or, je ne veux pas que cela m'arrive un jour. Alors hier soir j'ai pris ma décision : je prends une pause sauvage. Comme ça, sans prévenir, à la volée. Pour une semaine. Ou pour un mois. Ou même plus, qui sait ? Après tout, le jeu n'est vraiment jeu que s'il est accompagné d'une certaine liberté (Je devrais même dire d'une certaine légèreté, quand bien même cela soit impactant sur le plan financier). Dès lors que la sensation de liberté n'est plus là, on a vite fait de devenir une sorte d'automate : le jeu devient engrenage, et se met alors à broyer au lieu de distraire.

Alors c'est la pause et puis c'est tout !



dimanche 28 mars 2021

Redescente dans les tours

En ce moment, on ne peut pas dire que je carbure au super, loin de là. Certes, j'ai gagné quelques sous à l'occasion d'un tournoi grassement doté, mais ma motivation et mon implication ne sont clairement pas à leur zénith, tant et si bien que je me retrouve à préférer faire l'impasse sur pas mal de mes tournois habituels ainsi que sur pas mal de mes sessions routinières.

J'ai narré dans mon précédent article une mésaventure qui venait de m'arriver deux fois de suite en l'espace d'une semaine : manquer de vigilance au point de me retrouver absent à une table de tournoi sans m'en apercevoir, et ainsi tomber en panne d'essence sèche sans avoir vu clignoter la jauge. A chaque fois que pareille mésaventure survient je me promets de diminuer le nombre maximal de tournois disputés en simultané pendant quelques temps. Mais le fond de mon problème du moment n'est pas là. Si les clignotants sont à l'orange, c'est surtout qu'en ce moment, je trouve le poker peu motivant. La faute au manque cruel de passerelles vers des tournois live : eu égard à la pandémie de Covid-19 qui fait rage dans le monde, les casinos sont fermés et les diverses plateformes de poker ne proposent guère plus que des sous online à la gagne. Et moi, les sous, ça ne me fait pas rêver tant que ça. Si je pose mon séant sur ma chaise derrière mon clavier d'ordinateur le soir et que je décide de consacrer un partie substantielle de mon temps au poker, c'est principalement avec le secret espoir de me retrouver assis ailleurs que chez moi un jour futur.

Une redescente dans les tours s'impose en ce printemps 2021 bien trop monotone à mes yeux. En attendant de retrouver un peu d'envie, d'allant et d'élan, je me suis donc résolu à diminuer quelque peu mon volume de jeu. La bonne nouvelle, c'est que mon moteur n'a pas calé et qu'il demeure intact. Prêt à vrombir de plus belle prochainement. Alors en attendant que les beaux jours reviennent et que les promos alléchantes reprennent, je prends mon mal en patience et je me ressource mentalement. Pas besoin de forcer. Le Dieu du Poker saura appuyer sur la pédale de l'accélérateur pour moi le moment venu.



mercredi 24 mars 2021

Qui trop embrasse mal étreint

A moins d'être un sacré veinard, au poker il n'y a qu'une méthode ayant fait ses preuves pour battre la variance : le volume. Partant du principe que la chance est une notion toute relative, c'est en multipliant les opportunités qu'on finit par saisir celles qui s'avéreront décisives à notre réussite.

S'agissant du poker en ligne, il faut donc savoir multi-tabler efficacement pour pouvoir faire du volume. Il est communément admis que plus on a de tables actives lors d'une session, plus le pourcentage de chances que la session soit positive augmente. Cela fait sens. Certes, chaque nouvelle ouverture de table diminue quelque peu la capacité d'observation et de concentration du joueur devant son écran d'ordinateur. Mais néanmoins, au fur et à mesure que la session avance, le nombre de tournois encore actifs diminue, de telle sorte que la concentration peut redevenir proche de l'optimum une fois que l'on est entré dans le money time (c'est à dire une fois les places payées atteintes).

A titre personnel, mon point d'équilibre optimal se situe lorsque je joue sur 9 tables au même temps. Toutefois, lors de soirées bien denses, je peux sans trop de soucis débuter ma session en m'inscrivant à 14-15 tournois en simultané. Au regard de la configuration de mon écran, je ne peux afficher en simultané que 9 tables : mes tables principales sont là en toile de fond. S'agissant des tables supplémentaires se rapportant à des tournois un peu plus mineurs, je suis contraint de fermer des fenêtres au fur et à mesure, et laisser la magie du pop-up opérer. Lorsque revient mon tour de jouer, le logiciel fait automatiquement poper la table en surimpression, accompagné d'un petit son caractéristique, afin que je prenne ma décision dans les délais impartis, avant que mon temps dévolu expire. Ca c'est pour le principe. En théorie, c'est comme ça que les choses se passent. En pratique, il y a parfois des grains de sable qui viennent gripper la mécanique du pop up, au point de se retrouver durablement absent d'une table sans s'en rendre compte.

Ce mois-ci, ça fait la deuxième fois qu'il m'arrive de multi-tabler plus d'une douzaine de tables en parallèle et de malheureusement laisser le temps filer sans m'en apercevoir à une table donnée. Cette dernière, masquée, n'est dès lors plus visible tant que je ne tripatouille pas mes plateformes de poker dans le détail. Rien de plus rageant que de se faire saigner ses blindes jusqu'à la pause parce qu'on est absent à une table défaillante... et ce alors même que l'on est en pourtant pleinement concentré et mobilisé, en train de batailler sur une dizaine d'autre tables. Voilà bien un type de problème qui ne concerne que les joueurs de tournoi. En cash game, une absence de ce type entraine le retrait automatique du joueur, de telle sorte que sa perte se limitera à 1 blinde maximum. En tournoi, la perte en blindes due à une absence des tables peut s'avérer autrement plus létale. 

Les couacs de ce type - très rares mais ô combien frustrants - ne surviennent que dans des situations bien précises : soit mon attention a été distraite quelques instants (micro-coupure internet nécessitant des reconnexions, reboot PC intempestif, crash de la plateforme poker, brève absence physique nécessitant de lâcher des yeux l'ordinateur plus d'une dizaine de secondes), soit le logiciel poker a connu une petite défaillance au moment d'apparaitre sur mon écran. Dans la quasi-totalité des cas, cette mésaventure ne m'est advenu que lorsque le multi-tabling du moment dépassait les 10 tables actives. Parfois cette absence involontaire est limitée dans la durée, et ce ne sont alors que quelques blindes de perdues au cours des quelques minutes d'absence. Mais le plus souvent, ce n'est malheureusement qu'à la pause règlementaire (en fin d'heure) que je me rends compte de ma défaillance et que je peux constater l'étendue des dégâts. Bien évidemment, j'ai déjà connu des cas de figure où je ne m'en étais pas du tout rendu compte du tout, tant et si bien que c'est en toute fin de soirée que j'ai réalisé qu'une table avait totalement échappé à ma vigilance, au point de me faire totalement déblinder et éjecter du tournoi s'y rapportant sans avoir pu défendre mes chances. Et puis soyons honnête : il y a probablement quelques cas où cela m'est arrivé sans que je ne me rende compte de rien.

Qui trop embrasse mal étreint, dit le proverbe. Et c'est bien là une vérité au poker : à trop multi-tabler on y perd en concentration. Multi-tabler afin de combattre la variance et l'ennui constitue certes une bonne chose pour un joueur avide de performances. Mais lorsqu'on en vient à perdre le contrôle du nombre de tables actives, des couacs techniques et/ou humains risquent alors de survenir, au point de se retrouver durablement absent à l'une de ces tables de tournoi. C'est pour moi une situation frustrante à plusieurs titres : outre la perte financière sèche correspondant au droit d'entrée du tournoi, mais il y a aussi et surtout ce sentiment de culpabilité diffus qui m'étreint, puisque j'ai alors l'impression de n'être qu'un idiot ayant failli à mon devoir de vigilance.

Le poker en ligne n'est pas une activité de tout repos, qu'on se le dise !




vendredi 19 février 2021

Assoupissement

Un lundi soir de poker comme un autre. Et pourtant, ce lundi de février 2021 n'aura pas du tout été le même qu'un autre.

Un début de soirée idéal, avec des stacks qui grimpent à toutes mes tables. Un début de soirée entamé comme dans un rêve, d'autant que j'avais accumulé une montagne de jetons dans LE tournoi du soir qui pouvait rapporter gros. Voilà le tableau avant que le rêve ne bascule vers le cauchemar.

La capacité de concentration optimale d'un joueur n'est pas infinie, surtout lorsque le multi-tabling intensif se prolonge dans la durée. Ne pas être éliminé de ses tournois, c'est chouette et laisse augurer d'une session profitable, mais cela également génère un petit surcroit de fatigue ; avoir à jongler avec les fenêtres demande de la concentration. Au-delà de 9 tables de tournoi en simultané, l'exercice nécessite une vigilance accrue. Sachant par ailleurs que j'ai tendance à mixer les variantes (Holdem, PLO, PLO8) et que la gymnastique intellectuelle n'est pas exactement la même, l'exercice n'est au final pas de tout repos. Il faut avoir l'oeil.

La soirée promettait donc vraiment d'être plus fructueuse que d'ordinaire, les places payées étant près de poindre un peu partout. C'était sans compter sans le grain de sable du marchand. A la pause de 23h00, n'ayant ni l'envie ni le besoin de m'abreuver, de me restaurer, de satisfaire un besoin naturel ou même de surfer sur le net afin de passer le temps, je décide de m'accorder quelques instants de pause sur le canapé du salon. A ce moment précis, ayant dormi normalement la veille, je ne suis pas à proprement fatigué. Mais je tiens à être en forme dans la deuxième partie de soirée, celle du money time où les décisions peuvent coûter ou rapporter cher. Je m'installe alors confortablement et je ferme les yeux, bien décidé à mettre à profit chacune des 300 secondes (cinq minutes) qui me sont offertes. Ces quelques secondes de relaxation ne seront pas superflues, me dis-je alors.

Je rouvre les yeux après quelques instants de détente. Un bref instant, j'ai entrevu les portes des contrées des rêves. Un trop bref instant. A peine plus d'une minute s'est écoulée. Mauvais timing. Je constate en effet en levant la tête que la pause est toujours en cours en zyeutant mon écran d'ordinateur au loin. Je peux glaner encore quelques secondes de répit. Bis-repetita un bref instant plus tard : mon écran d'ordinateur affiche toujours la pause en cours. A ce moment-là, toutefois je sens que mes paupières s'alourdissent quelque peu et j'ai le sentiment de m'être plongé dans une furtive escapade onirique. Tout est sous contrôle. Je ne me sentais pas fatigué mais à présent je me dis qu'une petite minute de pause supplémentaire ne me fera pas de mal. Je laisse divaguer mon esprit, et à nouveau je sens que de nouveaux micro-rêves s'immiscent dans mon cerveau. Mes paupières deviennent un peu plus lourdes. Juste un peu. Je sursaute alors et croyant m'être endormi une minute de trop. La pause est forcément terminée. Je rouvre les yeux avec extrême difficulté. Satanée pause ! L'espace-temps semble échapper à mon contrôle. Elle est toujours en cours : mon écran d'ordi est formel. J'ai perdu la notion du temps. Je me dis alors que je vais me lever dans 30 secondes quoi qu'il arrive, par sécurité. Et j'entame le décompte. Sauf que je ne parviens pas à le terminer.

Lorsque je rouvre les yeux, je passe en quelques secondes de la confusion à la stupeur. J'ai été kidn'happé par Morphée pour une micro-sieste impromptue. L'esprit embrumé,je me précipite vers mon ordinateur je constate avec effroi que les tables ont repris depuis une bonne demi-heure déjà ! Une demi-heure à me faire dévorer mes blindes non-stop.

Sur la plupart de mes tables, je suis déjà mort. Dans le silence et l'indifférence, en ayant malgré tout atteint les places payées sur deux d'entre elles. Mais à ce moment-là le coup de grâce n'a pas encore été porté puisqu'il me reste encore 4 tables actives avec des jetons... je me dis alors naïvement que je peux encore rebondir. Sur deux d'entre elles je suis mourant avec moins de cinq blindes. Aussitôt englouties par l'implacable Dieu du poker courroucé, qui me punit aussitôt d'avoir été pactisé avec le marchand de sable. Mais la sanction divine ne s'arrête pas là. Sur les deux autres tournois où je dispose encore d'au moins une dizaine de blindes malgré mon absence prolongée, je suis également sanctionné et éjecté manu-militari en moins de 3 minutes : un bad beat, un coin-flip perdu et c'est le coup de grâce. Je me retrouve dans un état second, tel une âme en peine errant dans les limbes. La soirée de rêve aura ainsi définitivement viré au cauchemar.

J'avais toujours évité jusqu'ici de m'endormir au cours de mes centaines de sessions nocturnes. Ce soir-là, je ne ressentais pas de fatigue particulière. Et pourtant, j'ai sombré. C'est la vie. Je ne suis pas un robot. Je suis juste un homme. Un homme qui respire. Un homme qui fatigue. Un homme qui rêve. Un homme qui cauchemarde. Un homme. Juste un homme. Satanée pause. Elle m'aura coûté cher.

dimanche 31 janvier 2021

2021 déjà !

Bon, 2021 est déjà là et le moindre que l'on puisse dire c'est que l'encéphalogramme est bien plat, ces temps derniers. Il n'y a vraiment pas grand chose à se mettre sous la dent. Gagner un peu, reperdre un peu. Espérer. Désespérer. Aujourd'hui ressemble à hier.

Je ressens toute la mélancolie d'une Pénélope dont la fidélité est mise à rude épreuve par la cohorte de prétendants depuis qu'Ulysse a mis les voiles. Après tout, il y a tout un tas d'activités prenantes pour concurrencer la monotonie monogamique des soirées poker... mais j'ai une tapisserie à finir avant de songer à contracter nouveau mariage. Une conquête du poker ça ne se fait pas sur un claquement de doigts. Ca nécessite temps, abnégation, chance. Alors en attendant le retour d'Ulysse, je tisse inlassablement ma toile, quand bien même elle ne progresse pas. Je fais mes gammes. Je révise mon solfège poker. Espérant résister aux sirènes et restant fidèle à mon Odyssée à moi.

Le Dieu du Poker a décidé de tester ma patience. J'ai toujours pour ambition de devenir l'un de ses héros. Alors je patiente en attendant la fin de la guerre de Troie et le retour du roi à Ithaque.