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vendredi 19 février 2021

Assoupissement

Un lundi soir de poker comme un autre. Et pourtant, ce lundi de février 2021 n'aura pas du tout été le même qu'un autre.

Un début de soirée idéal, avec des stacks qui grimpent à toutes mes tables. Un début de soirée entamé comme dans un rêve, d'autant que j'avais accumulé une montagne de jetons dans LE tournoi du soir qui pouvait rapporter gros. Voilà le tableau avant que le rêve ne bascule vers le cauchemar.

La capacité de concentration optimale d'un joueur n'est pas infinie, surtout lorsque le multi-tabling intensif se prolonge dans la durée. Ne pas être éliminé de ses tournois, c'est chouette et laisse augurer d'une session profitable, mais cela également génère un petit surcroit de fatigue ; avoir à jongler avec les fenêtres demande de la concentration. Au-delà de 9 tables de tournoi en simultané, l'exercice nécessite une vigilance accrue. Sachant par ailleurs que j'ai tendance à mixer les variantes (Holdem, PLO, PLO8) et que la gymnastique intellectuelle n'est pas exactement la même, l'exercice n'est au final pas de tout repos. Il faut avoir l'oeil.

La soirée promettait donc vraiment d'être plus fructueuse que d'ordinaire, les places payées étant près de poindre un peu partout. C'était sans compter sans le grain de sable du marchand. A la pause de 23h00, n'ayant ni l'envie ni le besoin de m'abreuver, de me restaurer, de satisfaire un besoin naturel ou même de surfer sur le net afin de passer le temps, je décide de m'accorder quelques instants de pause sur le canapé du salon. A ce moment précis, ayant dormi normalement la veille, je ne suis pas à proprement fatigué. Mais je tiens à être en forme dans la deuxième partie de soirée, celle du money time où les décisions peuvent coûter ou rapporter cher. Je m'installe alors confortablement et je ferme les yeux, bien décidé à mettre à profit chacune des 300 secondes (cinq minutes) qui me sont offertes. Ces quelques secondes de relaxation ne seront pas superflues, me dis-je alors.

Je rouvre les yeux après quelques instants de détente. Un bref instant, j'ai entrevu les portes des contrées des rêves. Un trop bref instant. A peine plus d'une minute s'est écoulée. Mauvais timing. Je constate en effet en levant la tête que la pause est toujours en cours en zyeutant mon écran d'ordinateur au loin. Je peux glaner encore quelques secondes de répit. Bis-repetita un bref instant plus tard : mon écran d'ordinateur affiche toujours la pause en cours. A ce moment-là, toutefois je sens que mes paupières s'alourdissent quelque peu et j'ai le sentiment de m'être plongé dans une furtive escapade onirique. Tout est sous contrôle. Je ne me sentais pas fatigué mais à présent je me dis qu'une petite minute de pause supplémentaire ne me fera pas de mal. Je laisse divaguer mon esprit, et à nouveau je sens que de nouveaux micro-rêves s'immiscent dans mon cerveau. Mes paupières deviennent un peu plus lourdes. Juste un peu. Je sursaute alors et croyant m'être endormi une minute de trop. La pause est forcément terminée. Je rouvre les yeux avec extrême difficulté. Satanée pause ! L'espace-temps semble échapper à mon contrôle. Elle est toujours en cours : mon écran d'ordi est formel. J'ai perdu la notion du temps. Je me dis alors que je vais me lever dans 30 secondes quoi qu'il arrive, par sécurité. Et j'entame le décompte. Sauf que je ne parviens pas à le terminer.

Lorsque je rouvre les yeux, je passe en quelques secondes de la confusion à la stupeur. J'ai été kidn'happé par Morphée pour une micro-sieste impromptue. L'esprit embrumé,je me précipite vers mon ordinateur je constate avec effroi que les tables ont repris depuis une bonne demi-heure déjà ! Une demi-heure à me faire dévorer mes blindes non-stop.

Sur la plupart de mes tables, je suis déjà mort. Dans le silence et l'indifférence, en ayant malgré tout atteint les places payées sur deux d'entre elles. Mais à ce moment-là le coup de grâce n'a pas encore été porté puisqu'il me reste encore 4 tables actives avec des jetons... je me dis alors naïvement que je peux encore rebondir. Sur deux d'entre elles je suis mourant avec moins de cinq blindes. Aussitôt englouties par l'implacable Dieu du poker courroucé, qui me punit aussitôt d'avoir été pactisé avec le marchand de sable. Mais la sanction divine ne s'arrête pas là. Sur les deux autres tournois où je dispose encore d'au moins une dizaine de blindes malgré mon absence prolongée, je suis également sanctionné et éjecté manu-militari en moins de 3 minutes : un bad beat, un coin-flip perdu et c'est le coup de grâce. Je me retrouve dans un état second, tel une âme en peine errant dans les limbes. La soirée de rêve aura ainsi définitivement viré au cauchemar.

J'avais toujours évité jusqu'ici de m'endormir au cours de mes centaines de sessions nocturnes. Ce soir-là, je ne ressentais pas de fatigue particulière. Et pourtant, j'ai sombré. C'est la vie. Je ne suis pas un robot. Je suis juste un homme. Un homme qui respire. Un homme qui fatigue. Un homme qui rêve. Un homme qui cauchemarde. Un homme. Juste un homme. Satanée pause. Elle m'aura coûté cher.

dimanche 31 janvier 2021

2021 déjà !

Bon, 2021 est déjà là et le moindre que l'on puisse dire c'est que l'encéphalogramme est bien plat, ces temps derniers. Il n'y a vraiment pas grand chose à se mettre sous la dent. Gagner un peu, reperdre un peu. Espérer. Désespérer. Aujourd'hui ressemble à hier.

Je ressens toute la mélancolie d'une Pénélope dont la fidélité est mise à rude épreuve par la cohorte de prétendants depuis qu'Ulysse a mis les voiles. Après tout, il y a tout un tas d'activités prenantes pour concurrencer la monotonie monogamique des soirées poker... mais j'ai une tapisserie à finir avant de songer à contracter nouveau mariage. Une conquête du poker ça ne se fait pas sur un claquement de doigts. Ca nécessite temps, abnégation, chance. Alors en attendant le retour d'Ulysse, je tisse inlassablement ma toile, quand bien même elle ne progresse pas. Je fais mes gammes. Je révise mon solfège poker. Espérant résister aux sirènes et restant fidèle à mon Odyssée à moi.

Le Dieu du Poker a décidé de tester ma patience. J'ai toujours pour ambition de devenir l'un de ses héros. Alors je patiente en attendant la fin de la guerre de Troie et le retour du roi à Ithaque.

jeudi 31 décembre 2020

2020, une année à oublier

Bon et bien voilà une année 2020 qui ne restera pas les annales de ma conquête du poker. J'ai fait une année blanche. Sans aucun éclat. Les quelques euros gagnés ici ont vite été reperdus là. Il faut dire que mon volume de jeu aura été vraiment faible : un premier semestre fantomatique et un second semestre monochromique. Si on rajoute à cela l'effet Coronavirus avec l'obturation de toutes les habituelles fenêtres  vers des événements live, on aboutit au résultat final le plus fade et le plus insipide qui soit : l'année blanche. Sans gains ni pertes.

La bonne nouvelle, c'est que je ne joue pas pour l'argent : ne pas gagner pendant une longue période ne m'affecte pas particulièrement. La mauvaise nouvelle, c'est que si je ne joue pas pour l'argent c'est parce que je joue pour le rêve... et là, le rêve se retrouve provisoirement relégué vers les limbes de mon cerveau.

Le mal, il n'est pas dans l'année blanche que je viens de réaliser. Il est bel et bien dans l'année transparente que je viens de vivre. La nuance est de taille. Si j'apprécie ce jeu, c'est essentiellement parce qu'il induit chez moi un effet maelström : je démarre une soirée comme une autre assis sur ma chaise derrière mon écran d'ordinateur et à un moment donné je me retrouve propulsé vers des horizons insoupçonnés. J'en ai vécues, des aventures. Mais là, avec le monde qui tourne à l'arrêt tous les événements de type passerelle online-live ont été annulés ou reportés, et ma part de rêve induite par l'effet maelström s'en est retrouvée fortement affectée. Alors ma motivation s'en est trouvée affectée. Ce n'est que provisoire, je le sais. Je vais rebondir. Espérons que 2021 soit un meilleur cru que 2020. Ce ne devrait pas être bien difficile.

jeudi 24 décembre 2020

Avec les as, tout est plus simple (2/2)

Le scenario est bien rodé : il se reproduit épisodiquement, par intermittence, sans aucun signe avant-coureur, à la faveur d'une soirée poker qui débute sur les chapeaux de roues. Plusieurs paires d'as à intervalles rapprochés qui vont à tapis contre des mains ultra-dominées (de type As-Roi ou As-Dame) et qui permettent de doubler rapidement son stack lors des premiers niveaux d'un tournoi. Pour éviter la monotonie des as, une paire de rois qui produit un effet similaire de temps en temps n'est pas de refus. On double encore son tapis. Toutes nos tables sont à marée haute. Une nouvelle paire d'as à une autre table. On dirait bien que c'est la fête. La soirée est lancée de la plus belle des manières. La chance est manifestement au rendez-vous puisque les as sont là et qu'ils ne se font pas injustement craquer : de quoi s'en pourlécher déjà les babines ! Nos adversaires semblent n'être là que pour jouer le rêve de victimes expiatoires. Dans de pareils moments, alors qu'il est à peine plus de 21h heures et que la soirée vient à peine de commencer, dans un recoin de notre tête on se sent déjà aussi irrésistible que le fils d'Attila, en authentique Prince Charmant débridé, et l'on se met déjà à rêver d'une marche triomphale entre Budapest et Vienne au son d'une valse à peine altérée par le bruit des tambours, avec une fin heureuse de type "et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants". Un véritable conte de fées nous attend. Vive les as !!! On en redemande. J'appelle cela l'effet Cendrillon.

Avec les as en main, tout est évidemment plus simple. Certes, il faut savoir encaisser un petit bad beat réglementaire de temps en temps. Certes, il faut savoir les coucher post flop lorsque ça sent le roussi et qu'il faut évacuer à regret le château féérique en proie aux flammes. Mais Dieu qu'on se sent fort, avec cette main légendaire qui nous permet de monter des tonnes de jetons en début de tournoi face à des pâles adversaires. Sauf qu'à la vérité, ce type de soirée avec démarrage en fanfare les as en main réserve inévitablement son lot de déconvenues tardives. Plusieurs heures plus tard. Dans des moments autrement plus importants qu'un banal début de tournoi. Car derrière le bruit des tambours se love en sourdine  sournoise celui des canons.

Il y a quelques jours, c'est de façon caricaturale que pareille déconvenue m'est arrivée. Une fois le feu d'artifice initial épuisé, ce sont bien les autres qui se sont mis à avoir les paires d'as en main. Dans les moments critiques du tournoi. Ceux qui comptent vraiment : dans le money time. Lorsque la table finale est à portée de clic. Là où en définitive cela importe vraiment de les avoir, ces satanés as, au regard des écarts conséquents induits par les paliers exponentiels s'agissant des places payées. Minuit passé et mon écran d'ordinateur affiche encore une constellation de tournois où je suis en vie avec un stack conséquent : super ! Sauf qu'à partir de ce moment-là, l'effet Cendrillon opère... dans sa phase dramatique. A chaque belle main de ma part, je tombe sur un adversaire qui a les as et qui met brutalement fin au bal. Perte logique du 20/80. Même déconvenue moins de cinq minutes plus tard. Puis, tant qu'à faire jamais deux sans trois... encore un adversaire qui nous éjecte manu militari avec ses as. Elimination ; élimination ; élimination. Fin du bal. 1h du matin. Frustration totale. Récolte de clopinettes et retour à la case citrouille. Tout ça pour ça.

Tout ceci pour dire que la bonne fortune ne se mesure pas d'une façon linéaire. A fortiori lorsqu'on a les as en main. Ce qui importe vraiment, ce n'est pas le nombre de fois qu'on va les toucher, mais bien le moment précis où on en hérite. Si comme dans la légendaire chanson de Téléphone "Cendrillon pour ses vingt ans est la plus belle des enfants. Son bel amant, le prince charmant, la prend sur son cheval blanc", vient le couplet où elle paye le tribut du retour de variance et se voit contrainte de céder les spotlights à la belle au bois dormant. Plus dure est la chute quand on n'y a pas été préparé.

Ne pas s'enflammer quand on a les as. A fortiori lorsque les enjeux sont encore faibles en début de soirée. Voilà un noble conseil que je peux donner aux apprentis princes charmants. Une fois l'aspect mathématique modélisé, le poker se résume à une affaire d'histoires plus ou moins heureuses, plus ou moins bien ficelées. J'ai perdu ma candeur virginale depuis bien longtemps et n'accorde plus aucun crédit féérique aux démarrages en fanfare, as en main. Car les plus belles histoires sont celles qui commencent mal et se terminent bien. Qu'on se le dise.


vendredi 18 décembre 2020

La moisson de clopinettes

Hier soir, j'ai connu une session poker un peu spéciale : j'ai fait une moisson de clopinettes. Mélange subtil de plaisir aux tables et de frustration s'agissant de la digestion.

En effet, je suis parvenu à atteindre les places payées dans la quasi-totalité des tournois que j'ai disputés, ce qui constitue une plaisante anomalie statistique. Lorsque l'on sait que les places payées ne sont atteintes que dans à peine plus de 10% des tournois que l'on joue, une telle performance relève a priori de l'exploit. Le problème, c'est que pour gagner sa pitance au poker, il ne suffit pas d'atteindre le top 10% d'un tournoi. Il faut aller plus loin. Bien plus loin, même. Parfois même finir dans le top 1% ne suffit pas à nourrir son homme. A la vérité, il est nécessaire de terminer dans le top 0.1% pour faire bombance. En d'autres termes, ce n'est qu'en atteignant des tables finales et des podiums que l'on effectue de belles récoltes. Dans le cas contraire, on aura vibré pour parvenir au final à ne glaner que des clopinettes sans saveur.

Hier donc, j'ai fini ma session dans le vert. Voyons le bon côté des choses : avoir les pouces vert décuple le plaisir du jardinage. Cela vient corroborer le sentiment empirique qui m'habite depuis quelques semaines : mon jeu du moment est manifestement bien en place. Sur le moment, cela permet d'éprouver un véritable plaisir du jeu à mesure que la soirée avance et que l'on repousse l'inéluctable élimination. La sensation d'avoir encore des jetons à l'approche du money time est vraiment plaisante à vivre, d'autant plus qu'elle est ressentie sur plusieurs tables à la fois. Dans de pareils moments, on en vient à espérer la victoire au moins dans l'un de ces tournois. La satisfaction de continuer à multi-tabler jusque tard le soir est vraiment grisante, c'est un fait. Et cela laisse augurer de belles performances prochaines si cette tendance se confirme.

Dommage...
Mais le poker est un jeu ô combien frustrant, qui ne régale vraiment qu'en de trop rares occasions. La sortie de piste est la règle tandis que la table finale demeure une exception. La victoire n'est quant à elle qu'une belle chimère. Alors voilà, comme tant d'autres soirs, mes espoirs de victoire se sont hier encore dissipés un à un sans que je puisse parvenir à récolter les fruits les plus juteux et les plus savoureux. La récolte du soir - qui aurait pu être miraculeuse avec un brin de réussite en plus - n'aura été au final qu'une décevante moisson de clopinettes, et je suis parti me coucher frustré d'avoir croqué dans des fruits au goût beaucoup trop acide car cueillis juste avant d'être parvenus à maturité. Pour le banquet et les agapes, on repassera un autre jour.

Voici donc comment on peut achever une session poker dans le vert tout en étant triste, à la limite de la crampe d'estomac. En ayant fait une moisson de clopinettes ! Et avec l'immense frustration de devoir clôturer sa session en se disant : "tout ça pour ça".

C'est le poker, bébé ! Il faut faire avec.

mercredi 2 décembre 2020

Songe onirique : un rêve de PLO8

La nuit dernière, à la faveur d'une longue et belle nuitée de sommeil, j'ai fait un songe insolite : un rêve de Pot Limit Omaha High-Low, ma variante préférée du poker, communément appelée PLO8. Je l'ai déjà évoqué ici précédemment à diverses reprises, mais il s'agit d'une variante peu pratiquée en France et dont les vrais spécialistes - compétents et assidus - se comptent sur les doigts d'une seule main (en exagérant juste un peu).

Pour ceux qui pratiquent une langue étrangère apprise sur le tard - prenons l'exemple classique de l'anglais - il est possible de rêver dans cette langue, mais les probabilités diminuent sensiblement par rapport à une personne totalement bilingue depuis la tendre enfance. Pour que pareille performance onirique consistant à rêver dans la langue étrangère soit possible, il est communément observé que cela nécessite a minima d'être régulièrement amené à penser en anglais. Pour celui qui ne pratique l'anglais qu'à dose homéopathique ou via un apprentissage bourratif (listes de vocabulaire ou livres de grammaire) il n'y a ainsi quasiment aucune chance que l'on rêve distinctement en anglais.

Il n'y a guère que les profanes pour croire que le poker est un jeu facile. Chaque variante nécessite en effet un raisonnement particulier poussé pour pouvoir dompter la variance générée par l'effet chance, et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle bon nombre de professionnels ne se spécialisent que dans le seul Texas Hold'em. Etant curieux de nature et aimant papillonner intellectuellement parlant, je m'intéresse à toutes les variantes, et j'ai déjà répété plusieurs fois ici combien le PLO8 était ma variante de prédilection pour laquelle j'ai une tendresse toute particulière.

Celui qui se contente de calquer son raisonnement en variante sur ses acquis du Texas Hold'em commet une erreur car il s'agit d'un raccourci forcément trompeur, à l'instar de celui qui utilise un faux-ami en pratiquant une langue étrangère. Il y a quelques semaines, à l'occasion d'un des trop rares tournois de PLO8 à grosse dotation garantie sur Winamax, j'ai eu la possibilité d'observer avec effarement à ma table le comportement erratique et totalement à côté de la plaque de l'un des ambassadeurs de la marque au W. Lui, il ne rêvera pas de Pot Limit Omaha High-Low avant bien longtemps, c'est une certitude.

Pour en revenir à mon rêve de la nuit dernière - sujet principal de cet article - je me souviens être assis à une table de cash game PLO8 en live dans un casino un peu vieillot à l'ambiance feutrée, en étant le premier à miser deux fois et demi la blinde, avec une main un peu spéculative 6443 avec deux piques et deux trèfles (main correcte pour le high et plutôt bonne pour le low).  Le joueur suivant payait, de même que ceux situés au bouton et à la petite blinde, tandis que le joueur de grosse blinde habitué à disputer ses coups high variance (avec des pots systématiquement élevés) venait compliquer ma tâche en relançant conformément à mes craintes au maximum à la hauteur du pot. Et je me souviens parfaitement avoir effectué des calculs complexes de cotes mathématiques afin de savoir si je devais accepter de m'embarquer dans un pot aussi périlleux et rentrer dans un rapport de force avec une main aussi incertaine et avec de surcroit plusieurs joueurs restant à parler derrière moi. C'est d'ailleurs là le plus cocasse à mon réveil : j'avais encore les chiffres effectifs des montants engagés en tête, tandis que le décor ambiant était aussitôt volatilisé, englouti par les limbes de mon moi onirique... Tout juste me souviens-je de murs entoilés couleur carmin. Mais impossible de me remémorer du moindre détail précis se rapportant au lieu, à la table, au croupier au bien au profil physique de mes adversaires. Tout ou presque ne se résumait plus qu'à des calculs de cotes mathématiques au moment d'ouvrir les yeux. Quant à ma prise de décision finale, je ne saurai jamais laquelle a été prise dans mon aventure onirique, puisque je me suis réveillé sans que mon dilemme mathématique ait pu toucher à sa fin par un call, un fold ou un re-raise.

Une poubelle de luxe en PLO8
En transposant au poker le principe linguistique des rêves en langue étrangère évoqué en début d'article, j'en déduis aisément que je maîtrise bien le PLO8 en dépit du fait que mes sessions en ligne du soir soient minoritaires et systématiquement mixées avec du classique Texas Hold'em et du Pot Limit Omaha. De quoi me conférer un petit sourire amusé au réveil, mâtiné d'un sentiment diffus de fierté. J'aime mes rêves. Aussi parcellaires et insipides soient-ils. Qu'on se le dise.

Je pense PLO8... donc je rêve PLO8... donc je suis PLO8. Vous suivez ?


 

 

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Pour rappel, au PLO8 le pot est finalement attribué paritairement :

- à celui qui a la main la plus haute avec deux de ses cartes privatives

- ainsi qu'à celui qui a la main la plus basse avec là encore deux de ses quatre cartes privatives, à la condition que sa cinquième carte ne dépasse pas 8

Dans l'hypothèse où personne ne parvient à former de low, le pot revient dans son intégralité à celui ayant le meilleur high à l'abattage.

La gymnastique intellectuelle pour jouer les coups de façon appropriée dans cette variante nécessite donc des circonvolutions particulières ! 




lundi 30 novembre 2020

Le plaisir simple d'un jeu bien en place

Au poker, il faut savoir lever les yeux du guidon afin non seulement de mieux profiter du paysage mais aussi de trouver le meilleur chemin pour arriver à destination sans s'égarer en cours de route. En d'autres termes, il est important de pouvoir dissocier les résultats financiers du niveau de jeu réel. Les gains et pertes ne sont en effet qu'un timide reflet de la qualité de jeu produite aux tables. Alors voilà, même si je patine en ce moment d'un point de vue purement comptable, je me surprends actuellement à éprouver un plaisir simple à déployer un jeu efficace à mes tables. C'est beaucoup et c'est bien peu à la fois. Mais en cette période morose peu propice à l'action, c'est déjà ça.

Je me sens bien. A tel point que je peux sans peine rajouter quelques tables supplémentaires à mes sessions de jeu sans jamais éprouver la moindre lassitude mentale devant cette pléthore d'informations en simultané à l'écran. Cela n'a pas été toujours le cas par le passé, aussi je mesure combien ce simple détail - éprouver du plaisir en jouant - influe positivement sur tout un tas d'autres paramètres. Je n'ai pourtant rien fait de spécial pour ça : le plaisir est revenu de lui-même, effaçant un début de lassitude qui s'était durablement installé dans un recoin de mon esprit depuis plus d'un an déjà. Je me sens parfois tel un pianiste avec mon clavier et ma souris, avec un temps de latence extrêmement réduit entre deux prises de décisions. Il doit probablement y avoir un lien de cause à effet entre la sensation de plaisir retrouvé et le fait que j'aie le sentiment d'avoir actuellement un jeu bien léché, avec en prime l'impression d'avoir retrouvé une meilleure bien meilleure qualité de jeu. 

Les clignotants sont donc au vert, et ça augure de lendemains meilleurs à défaut d'un présent radieux. Toutefois, au poker, il ne suffit pas d'avoir un jeu bien en place et de se sentir à l'aise aux tables pour amasser les gains effectifs ! Il faut également pouvoir compter sur un minimum de chance pour convertir de la qualité de jeu et du bien-être en argent. Alors je vais patienter sans soucis, avec le sourire aux lèvres en prime... les gains peuvent attendre, ce n'est pas du tout un problème pour moi. 

Du pain et des jeux. Un ordinateur et une connexion internet. Il suffit parfois de peu pour rendre un homme heureux.




mercredi 18 novembre 2020

Un an sans live : une rêverie révélatrice de doutes ?

Novembre 2020 se traîne avec langueur et torpeur. Traditionnellement, novembre, c'est le mois où le PMU organise sa grand messe pokeristico-turfique à l'hippodrome de Vincennes. Un petit tournoi de gala sans prétention disputé dans une bonne ambiance qui ne m'a jamais trop réussi mais qui fait partie de mes habituelles parties de poker disputées en live. Pour quelqu'un à l'affut des bons plans comme moi, il y a souvent la possibilité de se qualifier en ligne pour de tels tournois, qui se jouent au milieu des amateurs et passionnés, avec des lots sympathiques pour ceux qui ont la chance de se faufiler jusqu'aux ultimes survivants. Toutefois, l'actualité sanitaire de cette année 2020 a fait que très peu d'événements live ont pu se dérouler normalement sur la planète poker au cours de ces derniers mois. Un an complet s'est écoulé depuis le dernier Hip'Poker Tour de Vincennes. Novembre 2019 a donc été mon dernier tournoi disputé en live. Une activité poker a certes timidement repris à la fin de l'été avec vitres en plexiglas et autres mesures hygiénistes, mais uniquement de façon sporadique pour les mordus des casinos et autres cercles de jeu. Pour les joueurs plus occasionnels tels que moi, c'est une toute autre histoire. Les tournois de gala et autres festivals amateurs organisés en partenariat avec les plateformes en ligne ont quant à eux été renvoyés aux calendes grecques. Et le jeu en ligne, lorsqu'il se retrouve dépourvu de pareilles promotions a tôt fait de m'installer dans une monotonie peu enthousiasmante le soir devant mon écran d'ordinateur. Car je joue au poker pour rêver. Pas pour l'argent.

Dans cette torpeur ambiante, pour la première fois depuis belle lurette, cette nuit j'ai fait un rêve de poker. Assez intense et prégnant sur le moment. Mais dont bon nombre de détails se sont évaporés dans les limbes de mon cerveau, ledit rêve s'étant déroulé bien en amont de mon réveil. Dans mon songe, je parvenais à la pré-bulle d'un tournoi qui se disputait dans un cercle de jeu parisien, tous sens aux aguets, en accumulant toutefois quelques petites bévues : oubli répété de poser ma blind, erreur de calibrage dans mes relances, fébrilité dans le comptage de mes jetons et surtout : hésitation coupable à trouver ma nouvelle table une fois cassée celle où je jouais. Je me souviens avoir pris énormément de temps à trouver ma place et à m'installer à la table avec des jetons en pagaille mal raqués et tombant à terre sur le trajet, m'obligeant à faire deux allers-retours d'une table à l'autre, tel un Petit Poucet inquiet à l'idée de ne plus trouver son chemin... au point de provoquer l'irritation du croupier me soupçonnant aussitôt de vouloir ralentir le jeu afin de passer la bulle sans encombre. C'est ainsi que je me faisais lourdement pénaliser, et décidai d'appeler le floor (juge-arbitre) afin de statuer sur la légalité de ma sanction. Après avoir écouté le récit du croupier, je demandais la parole pour ajouter quelques éléments factuels et expliquer que mes gaffes supposées être du sabotage afin de gagner du temps n'étaient dues qu'à un malencontreux hasard, mais sans que cela soit nécessaire car le responsable statuait aussitôt en ma faveur et sermonnait le croupier pour m'avoir sanctionné un peu trop hâtivement.

Bien que n'étant pas particulièrement compétent en interprétations oniriques, le décryptage de base de ce rêve me semble plutôt limpide : après avoir passé une année entière d'abstinence en live, j'en viens à douter de mon niveau de compétence, sachant que lorsqu'on n'est pas un professionnel on a tôt fait de perdre certains réflexes lorsqu'on ne pratique plus sa discipline de prédilection pendant un laps de temps prolongé. Au-delà de cet aspect lié à la forme, je m'interroge sur le fond quant à mon niveau de jeu réel du moment, mes performances en ligne actuelles s'avérant extrêmement médiocres si je ne me fie qu'aux résultats bruts.

Ne pas avoir connu la joie de tâter du jeton en live depuis un an maintenant ne me manque pas vraiment. Mais force est de reconnaitre que j'aimerais pouvoir avoir l'occasion de briller de nouveau prochainement, en faisant étal de mes qualités cartes en main. Ca devra attendre au moins jusqu'en 2021. Voire 2022. Ou même pire encore, qui sait ? Quoi qu'il en soit, le succès au poker est aussi affaire de patience, parfois. Alors soyons patients. Tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir.

jeudi 5 novembre 2020

Les chauffards du dimanche en mode confinement

On dit d'un chauffard du dimanche qu'il s'agit d'un conducteur qui dispose certes du permis de conduire mais qui ne se sert de son véhicule qu'en de rares occasions : le dimanche, les jours fériés et sur la route des vacances. De par son inexpérience, il maîtrise mal son véhicule et met la vie des autres en danger. Toutes proportions gardées, il en va de même avec le poker : il existe une catégorie de joueurs du dimanche, adeptes de prises de position exotiques, au point d'accroitre drastiquement les risques de collision et de sortie de piste brutale. Le plus souvent, avec des dommages collatéraux.

Le dimanche constitue ainsi traditionnellement une journée à part dans le calendrier des joueurs de poker, puisqu'il s'agit du jour de la semaine où débarquent aux tables ces cohortes de joueurs occasionnels aussi doués cartes en main que je le suis pour parler turc. La Turquie est un pays que j'adore par ailleurs : j'ai eu l'occasion de le choisir comme lieu de villégiature à diverses reprises par le passé. Sauf qu'après avoir prononcé le traditionnel"Meraba" pour dire "bonjour", il ne reste plus guère que "Tammam" dans mon répertoire sémantique afin d'exprimer quelque chose comme "OK". Au-delà de ces deux termes, je navigue à marée basse en plein brouillard : c'est déjà la fin du phosphore sur les rives du Bosphore. Pour en revenir à nos moutons, le dimanche constitue de facto le jour de la semaine où le joueur de poker expérimenté a le plus de chance de briller : des dotations plus juteuses (du fait de l'afflux de joueurs) disputées contre des adversaires pourvus de plans de jeu peu académiques (dont le niveau moyen est bien plus faibles qu'en semaine). Pour des raisons personnelles et familiales, je n'ai jamais été très présent aux tables de poker en ligne les dimanche. Les rares fois où je joue le dimanche, je hausse le sourcil plus haut que d'habitude face à certains moves improbables de la part de ces joueurs occasionnels.
 
L'image qui me vient spontanément à l'esprit à l'évocation de cette caste à part des chauffards du dimanche est celle de la collision Bourvil/De Funès dans le mythique film Le Corniaud que j'ai d'ailleurs eu le loisir de revoir avec plaisir pendant la phase du premier confinement survenu au printemps. Des chauffards confinés que je n'ai d'ailleurs que peu ou pas croisés, de par mon activité extrêmement réduite aux tables à ce moment-là.
 
Toutefois, avec l'émergence de la seconde vague de Covid-19 et le semi-confinement qui va avec, cette cohorte de chauffards du dimanche pointe de nouveau le bout de son nez aux tables à n'importe quel moment de la semaine. Le confinement imposé par le Gouvernement pour d'évidentes raisons sanitaires est certes moins strict qu'au printemps, mais suffisant pour conduire un nombre conséquent de chauffards du dimanche à venir croiser mon chemin aux tables. Depuis quelques jours, j'assiste donc à des coups bien plus folkloriques que d'habitude de la part de ces adversaires peu doués. Plutôt que sur les habituelles routes sinueuses et ravinées, on se croirait alors débarqué sur un circuit d'auto-tamponneuses, tellement ça cogne fort et ça tangue au moins choc. Ce qui est particulier au poker par rapport à d'autres jeux, c'est qu'avec une bonne dose de chance, des fois, même en faisant un peu n'importe quoi ça passe (même si souvent ça casse). Dans tous les cas, ça reste fun à voir et à vivre.
 
Jouer face aux chauffards du dimanche constitue un plaisir un peu coupable lorsque ça se passe bien pour moi. En spectateur, c'est particulièrement cocasse car il n'y a aucun affect pour venir altérer l'amusement du moment. Dans un cas comme dans l'autre, les étiquetages à base de pastilles de couleur pour ces joueurs sont bien plus fréquents que d'ordinaire. 
 
Sacrée variance ! Elle entretient l'illusion des chauffards du dimanche, en leur faisant parfois croire qu'ils pilotent leur bolide avec brio et que la chance seule suffit à les porter jusqu'à la ligne d'arrivée. Pour le joueur talentueux, la variance constitue le revers de la médaille : une pointe d'agacement peut également survenir lorsque la malchance vient perturber la moisson escomptée et que la récolte de blé s'envole, laissant place au fracas de la tôle ondulée. La moissonneuse-batteuse se mue alors en carcasse calcinée abandonnée en plein champs et il n'y a alors plus rien à glaner.
 
Les chauffards du dimanche ne respectent rien. Ils klaxonnent à tout bout de champ en éructant la bave aux lèvres, refusent les priorités avec un air bravache, grillent les feux avec la fougue d'un James Dean, et roulent parfois à contre-courant sur l'autoroute à toute berzingue.  Mais tout au bout du chemin, pour celui né sous une bonne étoile qui aura esquivé les collisions avec dextérité, il y a la perspective de voir s'agiter le drapeau à damiers et de récolter les lauriers de la gloire. Dans ces moments-là, le plaisir de la victoire supplante toutes les afflictions causées par les incessants accidents. 
 
Je vais arrêter ici la comparaison avec la route. Ca ne reste qu'un jeu. Au poker, il n'y a pas mort d'homme malgré la fureur de vivre qui nous habite parfois aux tables de poker. Alors vive les chauffards du dimanche confinés ! Et tant pis pour les accidents."C'est le jeu, ma pauvre lucette".


dimanche 1 novembre 2020

La petite mort

Par ici la sortie...
On a coutume de dire que se faire sortir d'un tournoi au poker procure dans certains cas une sensation poignante de tristesse, une sorte de deuil, à tel point que l'on appelle parfois ce phénomène "La petite mort". Il s'agit d'un phénomène d'autant plus courant que l'enjeu du moment est élevé et que les ambitions sont hautes. Moi-même, lors de mes rares tournois live, j'ai déjà ressenti ce sentiment à diverses reprises. Ca vaut également pour des tournois en ligne importants, mais le phénomène y est de moindre intensité, il faut le reconnaitre. Quoi qu'il en soit, dans de tels moments, on se sent inconsolable indépendamment du contexte, et il faut alors laisser passer une sorte de délai de viduité avant de retrouver pleine possession de ses moyens. Qu'est ce qui peut expliquer pareil phénomène ? Et comment le combattre ? C'est ce que je vais essayer d'exprimer ici de façon empirique, en espérant au bout du compte que cela aidera ceux qui traversent ou traverseront un jour de pareils moments de détresse face à cette petite mort.

Comment survient cette sensation atroce de petite mort à la suite d'une élimination ? Un premier élément de réponse a déjà été livré dans le précédent paragraphe : les moments de spleen extrêmes suite à une sortie de route en tournoi surviennent lorsque se combinent plusieurs paramètres ; il faut tout d'abord ressentir de l'excitation du fait de l'enjeu, avoir placé beaucoup d'espoir dans ledit tournoi, s'être laissé envahir par le parfum enivrant de la victoire avant l'heure, au point de se croire en mesure de vaincre l'adversité pour in fine figurer tout en haut du classement final et repartir avec les gains significatifs qui vont avec. En ce sens, avec le recul je suis en mesure de dire que ce phénomène est le fruit d'un décalage temporel entre la croyance de pouvoir décrocher la timbale et les chances effectives d'y parvenir. Le poker étant un jeu où la chance joue un rôle prépondérant, se hasarder à espérer une victoire de toutes ses forces aura toutes les chances d'engendrer un contrecoup émotionnel brutal lorsque la dure réalité de ce jeu dissipe soudainement les illusions de victoires. Attention donc à de tels retours de flamme lorsqu'on se retrouve projeté dans le feu de l'action. Dans de tels moments de détresse, on peut alors dans les cas les plus impactants se retrouver soumis à un désir irrépressible de bazarder la suite de ses tournois.

Cette émotion poignante, ce sentiment d'infinie tristesse, cette petite mort est tout à fait humaine. Ce n'est pas pour autant qu'il ne faut passer essayer de la combattre, ou tout du moins d'en limiter l'impact. Car à long terme, devoir subir la petite mort sans entrevoir la moindre solution pour en atténuer les effets constitue indéniablement un point de vulnérabilité pour les joueurs de poker. Car on a alors toutes les chances de s'éloigner considérablement de son A-game pendant le délai de viduité. Le remède au problème est pourtant assez simple, mais il doit être appliqué de façon préventive et non curative. Pas d'affect ! En évitant autant que possible de se mettre la pression sur un tournoi donné on en évitera les effets secondaires délétères. Accepter que l'on ne contrôle pas son destin sur le court terme, quel que soit notre niveau.

Ne disputer que des tournois que l'on peut se permettre de perdre sans se sentir affecté... telle est la solution générique. Dans le détail, parvenir à ne pas mettre d'affect dans ses tournois revêtira deux formes distinctes selon que l'on joue en live ou en ligne. En live, il faut savoir profiter de l'événement dans sa globalité, à l'image d'une aventure, en incluant le plaisir l'aspect touristique lorsque l'événement a lieu loin de ses bases, en profitant de chaque instant vécu, de chaque goulée d'oxygène avalée, de chaque moment de convivialité ou de tension vécu à sa table de jeu. De la même manière qu'un homme ne doit pas angoisser à l'idée de la mort sous peine de se gâcher la vie, le joueur de tournoi live doit vivre son tournoi comme un présent merveilleux plutôt que comme un cadeau empoisonné, et cela quelle qu'en soit l'issue. En ligne, la solution adéquate est un peu plus simple : il convient de veiller à ne pas inclure dans sa session un tournoi aux enjeux financiers sensiblement supérieurs aux autres... en d'autres termes résister autant que faire se peut à la tentation de se faire un shoot d'adrénaline si l'on ne le vit pas comme un éphémère moment de plaisir.

Ne pas mettre d'affect dans ses tournois. Un remède simple et efficace contre le spleen de la petite mort. Une décision qu'il faut savoir prendre en amont, souvent difficile à mettre en oeuvre lorsque l'on aime passionnément le poker. Même s'il est vrai que le jeu constitue le sel de la vie pour nombre d'entre nous, devoir subir les affres de la petite mort trop souvent engendre des effets secondaires négatifs. Aussi, dans le mesure du possible, j'essaye de me plier à cette règle qui confine parfois à l'ascétisme. Savoir mixer plaisir et rigueur. Une véritable gageure. Mais qui permet de faire des vieux os.