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lundi 31 mai 2021

Confidences chapitre 1 : la pause bio conditionnée

Eu égard au manque d'actualité du moment (volume de jeu faible, aucune promotion à gratter, pas de qualifications à gagner pour des tournois live à l'horizon à court terme...), j'ai décidé de publier jusqu'à la fin de l'année quelques confidences par rapport au parcours poker qui aura été le mien depuis 2013 et le début de mon immersion dans le monde impitoyable du poker. Je vais donc relater ici des choses pas forcément glamour, mais qui constituent en quelque chose la face cachée de la lune. Je vais commencer par la pause W.C. et autres besoins naturels.

Il y a quinze ans de cela, lorsque j'ai découvert les jeux vidéo en ligne de type coopératif où l'on devait temporairement s'associer à d'autres joueurs assis derrière leur PC pour effectuer des quêtes ensemble et ainsi espérer pouvoir triompher de l'adversité proposée par le jeu, bien trop coriace pour être vaincue en solitaire. Les sessions étaient souvent longues et harassantes, de telle sorte qu'il était courant que l'un des joueurs demande à ce que le groupe procède à ce que l'on appelait alors pudiquement la pause bio. Quelques minutes de répit pour aller faire un tour aux W.C. Il en va de même au poker : que ce soit en ligne ou en live, il y a des moments spécifiquement dédiés aux pauses. En ligne, les opérateurs consacrent ainsi les 5 dernières minutes de chaque heure de tournoi à une pause obligatoire. Mais il y a des fois où les besoins naturels demandent à être satisfaits en plein milieu de la session, loin des horaires dévolus à la pause... il faut alors se résoudre à déserter l'ordinateur le temps nécessaire au passage par les toilettes, laissant ainsi ses blindes à l'abri des prédateurs de la table. Ce qui est assez désagréable, surtout lors des fins de tournoi où chaque blinde compte. Je crois bien que mon inconscient déteste subir cette sensation de vulnérabilité pour raison physiologique, car une étrange sensation m'étreint lorsque j'allume mon ordinateur à l'entame d'une session de poker en ligne.

Indépendamment de l'heure à laquelle je décide de démarrer ma session poker, mon corps me réclame quasi-systématiquement une pause biologique à l'orée ou dès l'entame de celle-ci. Et ceci en l'absence du moindre signe avant-courant... Ce mystérieux phénomène surgit donc dans les dix minutes qui suivent l'allumage de mon ordinateur, de telle sorte que j'en suis venu à la conclusion qu'avec le temps, mon cerveau s'est au fil des années conditionné pour satisfaire mes besoins naturels de façon préventive, histoire d'éviter le plus souvent possible le désagrément de devoir abandonner soudainement mes blindes aux rapaces de la table (sans compter la perte de précieuses informations relatives à la compréhension de la dynamique des tables).

C'est mi-amusé mi-penaud que je me livre donc à cette confidence qui relèverait presque du tabou si elle n'avait pas le mérite de mettre en avant un élément fondamental dont les gens parlent peu  : la pratique assidue du poker influe impacte donc de concert mon psychisme et mon organisme !


mardi 27 avril 2021

Une pause à la volée

Autant dire les choses franchement, j'ai de plus en plus de mal à allumer l'ordinateur le soir afin de me consacrer à mes sessions poker. Lorsqu'on décide de ne pas jouer alors que l'on a la tête dans le guidon, on a vite fait de considérer que l'on loupe une opportunité fabuleuse, que l'on snobe la chance au point de développer un étrange sentiment de culpabilité devant pareil gâchis. Mais ce n'est pas vrai. Il y a une vie tout à fait plaisante et épanouissante en dehors du poker, le soir. Y compris en cette période de couvre-feu avec interactions sociales réduites. Que ce soit devant un film, une série, un match, un livre, un jeu vidéo... ou même sous la couette, il y a toujours de quoi s'amuser à moindre frais, au point de vite oublier la session poker qui nous était promise.

J'ai toujours gardé à l'esprit que le poker devait être source de plaisir et j'ai le sentiment que si je n'y prends garde, cela pourrait devenir pour moi une corvée un jour prochain. Or, je ne veux pas que cela m'arrive un jour. Alors hier soir j'ai pris ma décision : je prends une pause sauvage. Comme ça, sans prévenir, à la volée. Pour une semaine. Ou pour un mois. Ou même plus, qui sait ? Après tout, le jeu n'est vraiment jeu que s'il est accompagné d'une certaine liberté (Je devrais même dire d'une certaine légèreté, quand bien même cela soit impactant sur le plan financier). Dès lors que la sensation de liberté n'est plus là, on a vite fait de devenir une sorte d'automate : le jeu devient engrenage, et se met alors à broyer au lieu de distraire.

Alors c'est la pause et puis c'est tout !



dimanche 28 mars 2021

Redescente dans les tours

En ce moment, on ne peut pas dire que je carbure au super, loin de là. Certes, j'ai gagné quelques sous à l'occasion d'un tournoi grassement doté, mais ma motivation et mon implication ne sont clairement pas à leur zénith, tant et si bien que je me retrouve à préférer faire l'impasse sur pas mal de mes tournois habituels ainsi que sur pas mal de mes sessions routinières.

J'ai narré dans mon précédent article une mésaventure qui venait de m'arriver deux fois de suite en l'espace d'une semaine : manquer de vigilance au point de me retrouver absent à une table de tournoi sans m'en apercevoir, et ainsi tomber en panne d'essence sèche sans avoir vu clignoter la jauge. A chaque fois que pareille mésaventure survient je me promets de diminuer le nombre maximal de tournois disputés en simultané pendant quelques temps. Mais le fond de mon problème du moment n'est pas là. Si les clignotants sont à l'orange, c'est surtout qu'en ce moment, je trouve le poker peu motivant. La faute au manque cruel de passerelles vers des tournois live : eu égard à la pandémie de Covid-19 qui fait rage dans le monde, les casinos sont fermés et les diverses plateformes de poker ne proposent guère plus que des sous online à la gagne. Et moi, les sous, ça ne me fait pas rêver tant que ça. Si je pose mon séant sur ma chaise derrière mon clavier d'ordinateur le soir et que je décide de consacrer un partie substantielle de mon temps au poker, c'est principalement avec le secret espoir de me retrouver assis ailleurs que chez moi un jour futur.

Une redescente dans les tours s'impose en ce printemps 2021 bien trop monotone à mes yeux. En attendant de retrouver un peu d'envie, d'allant et d'élan, je me suis donc résolu à diminuer quelque peu mon volume de jeu. La bonne nouvelle, c'est que mon moteur n'a pas calé et qu'il demeure intact. Prêt à vrombir de plus belle prochainement. Alors en attendant que les beaux jours reviennent et que les promos alléchantes reprennent, je prends mon mal en patience et je me ressource mentalement. Pas besoin de forcer. Le Dieu du Poker saura appuyer sur la pédale de l'accélérateur pour moi le moment venu.



mercredi 24 mars 2021

Qui trop embrasse mal étreint

A moins d'être un sacré veinard, au poker il n'y a qu'une méthode ayant fait ses preuves pour battre la variance : le volume. Partant du principe que la chance est une notion toute relative, c'est en multipliant les opportunités qu'on finit par saisir celles qui s'avéreront décisives à notre réussite.

S'agissant du poker en ligne, il faut donc savoir multi-tabler efficacement pour pouvoir faire du volume. Il est communément admis que plus on a de tables actives lors d'une session, plus le pourcentage de chances que la session soit positive augmente. Cela fait sens. Certes, chaque nouvelle ouverture de table diminue quelque peu la capacité d'observation et de concentration du joueur devant son écran d'ordinateur. Mais néanmoins, au fur et à mesure que la session avance, le nombre de tournois encore actifs diminue, de telle sorte que la concentration peut redevenir proche de l'optimum une fois que l'on est entré dans le money time (c'est à dire une fois les places payées atteintes).

A titre personnel, mon point d'équilibre optimal se situe lorsque je joue sur 9 tables au même temps. Toutefois, lors de soirées bien denses, je peux sans trop de soucis débuter ma session en m'inscrivant à 14-15 tournois en simultané. Au regard de la configuration de mon écran, je ne peux afficher en simultané que 9 tables : mes tables principales sont là en toile de fond. S'agissant des tables supplémentaires se rapportant à des tournois un peu plus mineurs, je suis contraint de fermer des fenêtres au fur et à mesure, et laisser la magie du pop-up opérer. Lorsque revient mon tour de jouer, le logiciel fait automatiquement poper la table en surimpression, accompagné d'un petit son caractéristique, afin que je prenne ma décision dans les délais impartis, avant que mon temps dévolu expire. Ca c'est pour le principe. En théorie, c'est comme ça que les choses se passent. En pratique, il y a parfois des grains de sable qui viennent gripper la mécanique du pop up, au point de se retrouver durablement absent d'une table sans s'en rendre compte.

Ce mois-ci, ça fait la deuxième fois qu'il m'arrive de multi-tabler plus d'une douzaine de tables en parallèle et de malheureusement laisser le temps filer sans m'en apercevoir à une table donnée. Cette dernière, masquée, n'est dès lors plus visible tant que je ne tripatouille pas mes plateformes de poker dans le détail. Rien de plus rageant que de se faire saigner ses blindes jusqu'à la pause parce qu'on est absent à une table défaillante... et ce alors même que l'on est en pourtant pleinement concentré et mobilisé, en train de batailler sur une dizaine d'autre tables. Voilà bien un type de problème qui ne concerne que les joueurs de tournoi. En cash game, une absence de ce type entraine le retrait automatique du joueur, de telle sorte que sa perte se limitera à 1 blinde maximum. En tournoi, la perte en blindes due à une absence des tables peut s'avérer autrement plus létale. 

Les couacs de ce type - très rares mais ô combien frustrants - ne surviennent que dans des situations bien précises : soit mon attention a été distraite quelques instants (micro-coupure internet nécessitant des reconnexions, reboot PC intempestif, crash de la plateforme poker, brève absence physique nécessitant de lâcher des yeux l'ordinateur plus d'une dizaine de secondes), soit le logiciel poker a connu une petite défaillance au moment d'apparaitre sur mon écran. Dans la quasi-totalité des cas, cette mésaventure ne m'est advenu que lorsque le multi-tabling du moment dépassait les 10 tables actives. Parfois cette absence involontaire est limitée dans la durée, et ce ne sont alors que quelques blindes de perdues au cours des quelques minutes d'absence. Mais le plus souvent, ce n'est malheureusement qu'à la pause règlementaire (en fin d'heure) que je me rends compte de ma défaillance et que je peux constater l'étendue des dégâts. Bien évidemment, j'ai déjà connu des cas de figure où je ne m'en étais pas du tout rendu compte du tout, tant et si bien que c'est en toute fin de soirée que j'ai réalisé qu'une table avait totalement échappé à ma vigilance, au point de me faire totalement déblinder et éjecter du tournoi s'y rapportant sans avoir pu défendre mes chances. Et puis soyons honnête : il y a probablement quelques cas où cela m'est arrivé sans que je ne me rende compte de rien.

Qui trop embrasse mal étreint, dit le proverbe. Et c'est bien là une vérité au poker : à trop multi-tabler on y perd en concentration. Multi-tabler afin de combattre la variance et l'ennui constitue certes une bonne chose pour un joueur avide de performances. Mais lorsqu'on en vient à perdre le contrôle du nombre de tables actives, des couacs techniques et/ou humains risquent alors de survenir, au point de se retrouver durablement absent à l'une de ces tables de tournoi. C'est pour moi une situation frustrante à plusieurs titres : outre la perte financière sèche correspondant au droit d'entrée du tournoi, mais il y a aussi et surtout ce sentiment de culpabilité diffus qui m'étreint, puisque j'ai alors l'impression de n'être qu'un idiot ayant failli à mon devoir de vigilance.

Le poker en ligne n'est pas une activité de tout repos, qu'on se le dise !




vendredi 19 février 2021

Assoupissement

Un lundi soir de poker comme un autre. Et pourtant, ce lundi de février 2021 n'aura pas du tout été le même qu'un autre.

Un début de soirée idéal, avec des stacks qui grimpent à toutes mes tables. Un début de soirée entamé comme dans un rêve, d'autant que j'avais accumulé une montagne de jetons dans LE tournoi du soir qui pouvait rapporter gros. Voilà le tableau avant que le rêve ne bascule vers le cauchemar.

La capacité de concentration optimale d'un joueur n'est pas infinie, surtout lorsque le multi-tabling intensif se prolonge dans la durée. Ne pas être éliminé de ses tournois, c'est chouette et laisse augurer d'une session profitable, mais cela également génère un petit surcroit de fatigue ; avoir à jongler avec les fenêtres demande de la concentration. Au-delà de 9 tables de tournoi en simultané, l'exercice nécessite une vigilance accrue. Sachant par ailleurs que j'ai tendance à mixer les variantes (Holdem, PLO, PLO8) et que la gymnastique intellectuelle n'est pas exactement la même, l'exercice n'est au final pas de tout repos. Il faut avoir l'oeil.

La soirée promettait donc vraiment d'être plus fructueuse que d'ordinaire, les places payées étant près de poindre un peu partout. C'était sans compter sans le grain de sable du marchand. A la pause de 23h00, n'ayant ni l'envie ni le besoin de m'abreuver, de me restaurer, de satisfaire un besoin naturel ou même de surfer sur le net afin de passer le temps, je décide de m'accorder quelques instants de pause sur le canapé du salon. A ce moment précis, ayant dormi normalement la veille, je ne suis pas à proprement fatigué. Mais je tiens à être en forme dans la deuxième partie de soirée, celle du money time où les décisions peuvent coûter ou rapporter cher. Je m'installe alors confortablement et je ferme les yeux, bien décidé à mettre à profit chacune des 300 secondes (cinq minutes) qui me sont offertes. Ces quelques secondes de relaxation ne seront pas superflues, me dis-je alors.

Je rouvre les yeux après quelques instants de détente. Un bref instant, j'ai entrevu les portes des contrées des rêves. Un trop bref instant. A peine plus d'une minute s'est écoulée. Mauvais timing. Je constate en effet en levant la tête que la pause est toujours en cours en zyeutant mon écran d'ordinateur au loin. Je peux glaner encore quelques secondes de répit. Bis-repetita un bref instant plus tard : mon écran d'ordinateur affiche toujours la pause en cours. A ce moment-là, toutefois je sens que mes paupières s'alourdissent quelque peu et j'ai le sentiment de m'être plongé dans une furtive escapade onirique. Tout est sous contrôle. Je ne me sentais pas fatigué mais à présent je me dis qu'une petite minute de pause supplémentaire ne me fera pas de mal. Je laisse divaguer mon esprit, et à nouveau je sens que de nouveaux micro-rêves s'immiscent dans mon cerveau. Mes paupières deviennent un peu plus lourdes. Juste un peu. Je sursaute alors et croyant m'être endormi une minute de trop. La pause est forcément terminée. Je rouvre les yeux avec extrême difficulté. Satanée pause ! L'espace-temps semble échapper à mon contrôle. Elle est toujours en cours : mon écran d'ordi est formel. J'ai perdu la notion du temps. Je me dis alors que je vais me lever dans 30 secondes quoi qu'il arrive, par sécurité. Et j'entame le décompte. Sauf que je ne parviens pas à le terminer.

Lorsque je rouvre les yeux, je passe en quelques secondes de la confusion à la stupeur. J'ai été kidn'happé par Morphée pour une micro-sieste impromptue. L'esprit embrumé,je me précipite vers mon ordinateur je constate avec effroi que les tables ont repris depuis une bonne demi-heure déjà ! Une demi-heure à me faire dévorer mes blindes non-stop.

Sur la plupart de mes tables, je suis déjà mort. Dans le silence et l'indifférence, en ayant malgré tout atteint les places payées sur deux d'entre elles. Mais à ce moment-là le coup de grâce n'a pas encore été porté puisqu'il me reste encore 4 tables actives avec des jetons... je me dis alors naïvement que je peux encore rebondir. Sur deux d'entre elles je suis mourant avec moins de cinq blindes. Aussitôt englouties par l'implacable Dieu du poker courroucé, qui me punit aussitôt d'avoir été pactisé avec le marchand de sable. Mais la sanction divine ne s'arrête pas là. Sur les deux autres tournois où je dispose encore d'au moins une dizaine de blindes malgré mon absence prolongée, je suis également sanctionné et éjecté manu-militari en moins de 3 minutes : un bad beat, un coin-flip perdu et c'est le coup de grâce. Je me retrouve dans un état second, tel une âme en peine errant dans les limbes. La soirée de rêve aura ainsi définitivement viré au cauchemar.

J'avais toujours évité jusqu'ici de m'endormir au cours de mes centaines de sessions nocturnes. Ce soir-là, je ne ressentais pas de fatigue particulière. Et pourtant, j'ai sombré. C'est la vie. Je ne suis pas un robot. Je suis juste un homme. Un homme qui respire. Un homme qui fatigue. Un homme qui rêve. Un homme qui cauchemarde. Un homme. Juste un homme. Satanée pause. Elle m'aura coûté cher.

dimanche 31 janvier 2021

2021 déjà !

Bon, 2021 est déjà là et le moindre que l'on puisse dire c'est que l'encéphalogramme est bien plat, ces temps derniers. Il n'y a vraiment pas grand chose à se mettre sous la dent. Gagner un peu, reperdre un peu. Espérer. Désespérer. Aujourd'hui ressemble à hier.

Je ressens toute la mélancolie d'une Pénélope dont la fidélité est mise à rude épreuve par la cohorte de prétendants depuis qu'Ulysse a mis les voiles. Après tout, il y a tout un tas d'activités prenantes pour concurrencer la monotonie monogamique des soirées poker... mais j'ai une tapisserie à finir avant de songer à contracter nouveau mariage. Une conquête du poker ça ne se fait pas sur un claquement de doigts. Ca nécessite temps, abnégation, chance. Alors en attendant le retour d'Ulysse, je tisse inlassablement ma toile, quand bien même elle ne progresse pas. Je fais mes gammes. Je révise mon solfège poker. Espérant résister aux sirènes et restant fidèle à mon Odyssée à moi.

Le Dieu du Poker a décidé de tester ma patience. J'ai toujours pour ambition de devenir l'un de ses héros. Alors je patiente en attendant la fin de la guerre de Troie et le retour du roi à Ithaque.

jeudi 31 décembre 2020

2020, une année à oublier

Bon et bien voilà une année 2020 qui ne restera pas les annales de ma conquête du poker. J'ai fait une année blanche. Sans aucun éclat. Les quelques euros gagnés ici ont vite été reperdus là. Il faut dire que mon volume de jeu aura été vraiment faible : un premier semestre fantomatique et un second semestre monochromique. Si on rajoute à cela l'effet Coronavirus avec l'obturation de toutes les habituelles fenêtres  vers des événements live, on aboutit au résultat final le plus fade et le plus insipide qui soit : l'année blanche. Sans gains ni pertes.

La bonne nouvelle, c'est que je ne joue pas pour l'argent : ne pas gagner pendant une longue période ne m'affecte pas particulièrement. La mauvaise nouvelle, c'est que si je ne joue pas pour l'argent c'est parce que je joue pour le rêve... et là, le rêve se retrouve provisoirement relégué vers les limbes de mon cerveau.

Le mal, il n'est pas dans l'année blanche que je viens de réaliser. Il est bel et bien dans l'année transparente que je viens de vivre. La nuance est de taille. Si j'apprécie ce jeu, c'est essentiellement parce qu'il induit chez moi un effet maelström : je démarre une soirée comme une autre assis sur ma chaise derrière mon écran d'ordinateur et à un moment donné je me retrouve propulsé vers des horizons insoupçonnés. J'en ai vécues, des aventures. Mais là, avec le monde qui tourne à l'arrêt tous les événements de type passerelle online-live ont été annulés ou reportés, et ma part de rêve induite par l'effet maelström s'en est retrouvée fortement affectée. Alors ma motivation s'en est trouvée affectée. Ce n'est que provisoire, je le sais. Je vais rebondir. Espérons que 2021 soit un meilleur cru que 2020. Ce ne devrait pas être bien difficile.

jeudi 24 décembre 2020

Avec les as, tout est plus simple (2/2)

Le scenario est bien rodé : il se reproduit épisodiquement, par intermittence, sans aucun signe avant-coureur, à la faveur d'une soirée poker qui débute sur les chapeaux de roues. Plusieurs paires d'as à intervalles rapprochés qui vont à tapis contre des mains ultra-dominées (de type As-Roi ou As-Dame) et qui permettent de doubler rapidement son stack lors des premiers niveaux d'un tournoi. Pour éviter la monotonie des as, une paire de rois qui produit un effet similaire de temps en temps n'est pas de refus. On double encore son tapis. Toutes nos tables sont à marée haute. Une nouvelle paire d'as à une autre table. On dirait bien que c'est la fête. La soirée est lancée de la plus belle des manières. La chance est manifestement au rendez-vous puisque les as sont là et qu'ils ne se font pas injustement craquer : de quoi s'en pourlécher déjà les babines ! Nos adversaires semblent n'être là que pour jouer le rêve de victimes expiatoires. Dans de pareils moments, alors qu'il est à peine plus de 21h heures et que la soirée vient à peine de commencer, dans un recoin de notre tête on se sent déjà aussi irrésistible que le fils d'Attila, en authentique Prince Charmant débridé, et l'on se met déjà à rêver d'une marche triomphale entre Budapest et Vienne au son d'une valse à peine altérée par le bruit des tambours, avec une fin heureuse de type "et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants". Un véritable conte de fées nous attend. Vive les as !!! On en redemande. J'appelle cela l'effet Cendrillon.

Avec les as en main, tout est évidemment plus simple. Certes, il faut savoir encaisser un petit bad beat réglementaire de temps en temps. Certes, il faut savoir les coucher post flop lorsque ça sent le roussi et qu'il faut évacuer à regret le château féérique en proie aux flammes. Mais Dieu qu'on se sent fort, avec cette main légendaire qui nous permet de monter des tonnes de jetons en début de tournoi face à des pâles adversaires. Sauf qu'à la vérité, ce type de soirée avec démarrage en fanfare les as en main réserve inévitablement son lot de déconvenues tardives. Plusieurs heures plus tard. Dans des moments autrement plus importants qu'un banal début de tournoi. Car derrière le bruit des tambours se love en sourdine  sournoise celui des canons.

Il y a quelques jours, c'est de façon caricaturale que pareille déconvenue m'est arrivée. Une fois le feu d'artifice initial épuisé, ce sont bien les autres qui se sont mis à avoir les paires d'as en main. Dans les moments critiques du tournoi. Ceux qui comptent vraiment : dans le money time. Lorsque la table finale est à portée de clic. Là où en définitive cela importe vraiment de les avoir, ces satanés as, au regard des écarts conséquents induits par les paliers exponentiels s'agissant des places payées. Minuit passé et mon écran d'ordinateur affiche encore une constellation de tournois où je suis en vie avec un stack conséquent : super ! Sauf qu'à partir de ce moment-là, l'effet Cendrillon opère... dans sa phase dramatique. A chaque belle main de ma part, je tombe sur un adversaire qui a les as et qui met brutalement fin au bal. Perte logique du 20/80. Même déconvenue moins de cinq minutes plus tard. Puis, tant qu'à faire jamais deux sans trois... encore un adversaire qui nous éjecte manu militari avec ses as. Elimination ; élimination ; élimination. Fin du bal. 1h du matin. Frustration totale. Récolte de clopinettes et retour à la case citrouille. Tout ça pour ça.

Tout ceci pour dire que la bonne fortune ne se mesure pas d'une façon linéaire. A fortiori lorsqu'on a les as en main. Ce qui importe vraiment, ce n'est pas le nombre de fois qu'on va les toucher, mais bien le moment précis où on en hérite. Si comme dans la légendaire chanson de Téléphone "Cendrillon pour ses vingt ans est la plus belle des enfants. Son bel amant, le prince charmant, la prend sur son cheval blanc", vient le couplet où elle paye le tribut du retour de variance et se voit contrainte de céder les spotlights à la belle au bois dormant. Plus dure est la chute quand on n'y a pas été préparé.

Ne pas s'enflammer quand on a les as. A fortiori lorsque les enjeux sont encore faibles en début de soirée. Voilà un noble conseil que je peux donner aux apprentis princes charmants. Une fois l'aspect mathématique modélisé, le poker se résume à une affaire d'histoires plus ou moins heureuses, plus ou moins bien ficelées. J'ai perdu ma candeur virginale depuis bien longtemps et n'accorde plus aucun crédit féérique aux démarrages en fanfare, as en main. Car les plus belles histoires sont celles qui commencent mal et se terminent bien. Qu'on se le dise.


vendredi 18 décembre 2020

La moisson de clopinettes

Hier soir, j'ai connu une session poker un peu spéciale : j'ai fait une moisson de clopinettes. Mélange subtil de plaisir aux tables et de frustration s'agissant de la digestion.

En effet, je suis parvenu à atteindre les places payées dans la quasi-totalité des tournois que j'ai disputés, ce qui constitue une plaisante anomalie statistique. Lorsque l'on sait que les places payées ne sont atteintes que dans à peine plus de 10% des tournois que l'on joue, une telle performance relève a priori de l'exploit. Le problème, c'est que pour gagner sa pitance au poker, il ne suffit pas d'atteindre le top 10% d'un tournoi. Il faut aller plus loin. Bien plus loin, même. Parfois même finir dans le top 1% ne suffit pas à nourrir son homme. A la vérité, il est nécessaire de terminer dans le top 0.1% pour faire bombance. En d'autres termes, ce n'est qu'en atteignant des tables finales et des podiums que l'on effectue de belles récoltes. Dans le cas contraire, on aura vibré pour parvenir au final à ne glaner que des clopinettes sans saveur.

Hier donc, j'ai fini ma session dans le vert. Voyons le bon côté des choses : avoir les pouces vert décuple le plaisir du jardinage. Cela vient corroborer le sentiment empirique qui m'habite depuis quelques semaines : mon jeu du moment est manifestement bien en place. Sur le moment, cela permet d'éprouver un véritable plaisir du jeu à mesure que la soirée avance et que l'on repousse l'inéluctable élimination. La sensation d'avoir encore des jetons à l'approche du money time est vraiment plaisante à vivre, d'autant plus qu'elle est ressentie sur plusieurs tables à la fois. Dans de pareils moments, on en vient à espérer la victoire au moins dans l'un de ces tournois. La satisfaction de continuer à multi-tabler jusque tard le soir est vraiment grisante, c'est un fait. Et cela laisse augurer de belles performances prochaines si cette tendance se confirme.

Dommage...
Mais le poker est un jeu ô combien frustrant, qui ne régale vraiment qu'en de trop rares occasions. La sortie de piste est la règle tandis que la table finale demeure une exception. La victoire n'est quant à elle qu'une belle chimère. Alors voilà, comme tant d'autres soirs, mes espoirs de victoire se sont hier encore dissipés un à un sans que je puisse parvenir à récolter les fruits les plus juteux et les plus savoureux. La récolte du soir - qui aurait pu être miraculeuse avec un brin de réussite en plus - n'aura été au final qu'une décevante moisson de clopinettes, et je suis parti me coucher frustré d'avoir croqué dans des fruits au goût beaucoup trop acide car cueillis juste avant d'être parvenus à maturité. Pour le banquet et les agapes, on repassera un autre jour.

Voici donc comment on peut achever une session poker dans le vert tout en étant triste, à la limite de la crampe d'estomac. En ayant fait une moisson de clopinettes ! Et avec l'immense frustration de devoir clôturer sa session en se disant : "tout ça pour ça".

C'est le poker, bébé ! Il faut faire avec.

mercredi 2 décembre 2020

Songe onirique : un rêve de PLO8

La nuit dernière, à la faveur d'une longue et belle nuitée de sommeil, j'ai fait un songe insolite : un rêve de Pot Limit Omaha High-Low, ma variante préférée du poker, communément appelée PLO8. Je l'ai déjà évoqué ici précédemment à diverses reprises, mais il s'agit d'une variante peu pratiquée en France et dont les vrais spécialistes - compétents et assidus - se comptent sur les doigts d'une seule main (en exagérant juste un peu).

Pour ceux qui pratiquent une langue étrangère apprise sur le tard - prenons l'exemple classique de l'anglais - il est possible de rêver dans cette langue, mais les probabilités diminuent sensiblement par rapport à une personne totalement bilingue depuis la tendre enfance. Pour que pareille performance onirique consistant à rêver dans la langue étrangère soit possible, il est communément observé que cela nécessite a minima d'être régulièrement amené à penser en anglais. Pour celui qui ne pratique l'anglais qu'à dose homéopathique ou via un apprentissage bourratif (listes de vocabulaire ou livres de grammaire) il n'y a ainsi quasiment aucune chance que l'on rêve distinctement en anglais.

Il n'y a guère que les profanes pour croire que le poker est un jeu facile. Chaque variante nécessite en effet un raisonnement particulier poussé pour pouvoir dompter la variance générée par l'effet chance, et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle bon nombre de professionnels ne se spécialisent que dans le seul Texas Hold'em. Etant curieux de nature et aimant papillonner intellectuellement parlant, je m'intéresse à toutes les variantes, et j'ai déjà répété plusieurs fois ici combien le PLO8 était ma variante de prédilection pour laquelle j'ai une tendresse toute particulière.

Celui qui se contente de calquer son raisonnement en variante sur ses acquis du Texas Hold'em commet une erreur car il s'agit d'un raccourci forcément trompeur, à l'instar de celui qui utilise un faux-ami en pratiquant une langue étrangère. Il y a quelques semaines, à l'occasion d'un des trop rares tournois de PLO8 à grosse dotation garantie sur Winamax, j'ai eu la possibilité d'observer avec effarement à ma table le comportement erratique et totalement à côté de la plaque de l'un des ambassadeurs de la marque au W. Lui, il ne rêvera pas de Pot Limit Omaha High-Low avant bien longtemps, c'est une certitude.

Pour en revenir à mon rêve de la nuit dernière - sujet principal de cet article - je me souviens être assis à une table de cash game PLO8 en live dans un casino un peu vieillot à l'ambiance feutrée, en étant le premier à miser deux fois et demi la blinde, avec une main un peu spéculative 6443 avec deux piques et deux trèfles (main correcte pour le high et plutôt bonne pour le low).  Le joueur suivant payait, de même que ceux situés au bouton et à la petite blinde, tandis que le joueur de grosse blinde habitué à disputer ses coups high variance (avec des pots systématiquement élevés) venait compliquer ma tâche en relançant conformément à mes craintes au maximum à la hauteur du pot. Et je me souviens parfaitement avoir effectué des calculs complexes de cotes mathématiques afin de savoir si je devais accepter de m'embarquer dans un pot aussi périlleux et rentrer dans un rapport de force avec une main aussi incertaine et avec de surcroit plusieurs joueurs restant à parler derrière moi. C'est d'ailleurs là le plus cocasse à mon réveil : j'avais encore les chiffres effectifs des montants engagés en tête, tandis que le décor ambiant était aussitôt volatilisé, englouti par les limbes de mon moi onirique... Tout juste me souviens-je de murs entoilés couleur carmin. Mais impossible de me remémorer du moindre détail précis se rapportant au lieu, à la table, au croupier au bien au profil physique de mes adversaires. Tout ou presque ne se résumait plus qu'à des calculs de cotes mathématiques au moment d'ouvrir les yeux. Quant à ma prise de décision finale, je ne saurai jamais laquelle a été prise dans mon aventure onirique, puisque je me suis réveillé sans que mon dilemme mathématique ait pu toucher à sa fin par un call, un fold ou un re-raise.

Une poubelle de luxe en PLO8
En transposant au poker le principe linguistique des rêves en langue étrangère évoqué en début d'article, j'en déduis aisément que je maîtrise bien le PLO8 en dépit du fait que mes sessions en ligne du soir soient minoritaires et systématiquement mixées avec du classique Texas Hold'em et du Pot Limit Omaha. De quoi me conférer un petit sourire amusé au réveil, mâtiné d'un sentiment diffus de fierté. J'aime mes rêves. Aussi parcellaires et insipides soient-ils. Qu'on se le dise.

Je pense PLO8... donc je rêve PLO8... donc je suis PLO8. Vous suivez ?


 

 

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Pour rappel, au PLO8 le pot est finalement attribué paritairement :

- à celui qui a la main la plus haute avec deux de ses cartes privatives

- ainsi qu'à celui qui a la main la plus basse avec là encore deux de ses quatre cartes privatives, à la condition que sa cinquième carte ne dépasse pas 8

Dans l'hypothèse où personne ne parvient à former de low, le pot revient dans son intégralité à celui ayant le meilleur high à l'abattage.

La gymnastique intellectuelle pour jouer les coups de façon appropriée dans cette variante nécessite donc des circonvolutions particulières ! 




lundi 30 novembre 2020

Le plaisir simple d'un jeu bien en place

Au poker, il faut savoir lever les yeux du guidon afin non seulement de mieux profiter du paysage mais aussi de trouver le meilleur chemin pour arriver à destination sans s'égarer en cours de route. En d'autres termes, il est important de pouvoir dissocier les résultats financiers du niveau de jeu réel. Les gains et pertes ne sont en effet qu'un timide reflet de la qualité de jeu produite aux tables. Alors voilà, même si je patine en ce moment d'un point de vue purement comptable, je me surprends actuellement à éprouver un plaisir simple à déployer un jeu efficace à mes tables. C'est beaucoup et c'est bien peu à la fois. Mais en cette période morose peu propice à l'action, c'est déjà ça.

Je me sens bien. A tel point que je peux sans peine rajouter quelques tables supplémentaires à mes sessions de jeu sans jamais éprouver la moindre lassitude mentale devant cette pléthore d'informations en simultané à l'écran. Cela n'a pas été toujours le cas par le passé, aussi je mesure combien ce simple détail - éprouver du plaisir en jouant - influe positivement sur tout un tas d'autres paramètres. Je n'ai pourtant rien fait de spécial pour ça : le plaisir est revenu de lui-même, effaçant un début de lassitude qui s'était durablement installé dans un recoin de mon esprit depuis plus d'un an déjà. Je me sens parfois tel un pianiste avec mon clavier et ma souris, avec un temps de latence extrêmement réduit entre deux prises de décisions. Il doit probablement y avoir un lien de cause à effet entre la sensation de plaisir retrouvé et le fait que j'aie le sentiment d'avoir actuellement un jeu bien léché, avec en prime l'impression d'avoir retrouvé une meilleure bien meilleure qualité de jeu. 

Les clignotants sont donc au vert, et ça augure de lendemains meilleurs à défaut d'un présent radieux. Toutefois, au poker, il ne suffit pas d'avoir un jeu bien en place et de se sentir à l'aise aux tables pour amasser les gains effectifs ! Il faut également pouvoir compter sur un minimum de chance pour convertir de la qualité de jeu et du bien-être en argent. Alors je vais patienter sans soucis, avec le sourire aux lèvres en prime... les gains peuvent attendre, ce n'est pas du tout un problème pour moi. 

Du pain et des jeux. Un ordinateur et une connexion internet. Il suffit parfois de peu pour rendre un homme heureux.